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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

la mer, texte, performance

29 Janvier 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

 

 

 

La mer

 

 

 

 

 

 

S’enfoncer.

 

 

 

Se laisser couler sous les eaux,

 

 

 

Sous les herbes des eaux

 

Sous les pierres des eaux,

 

 

 

 

 

 

Sous les sables des eaux,

 

 

 

Se laisser faire, se laisser aller jusqu’au fond.

 

 

 

Sentir le flottis des eaux, le frottis des herbes et la rugosité des pierres et

 

 

 

la douceur un peu écœurante du sable. Laisser les oreilles se boucher, écouter tout le sable, l’eau aussi qui entre dans les oreilles.

 

 

 

Garder les yeux ouverts pour qu’ils se remplissent et la bouche pour étouffer, laisser entrer toute l’eau, le sel de l’eau, les grains cristallins du sable -sans les croquer-

 

 

 

 

 

 

S’enfoncer goulûment, s’enfoncer volontairement pour mieux se laisser aller.

 

 

 

Avec le dos arrondi sous le poids de l’eau, des herbes, du sable.

 

 

 

Et le pli du ventre.

 

 

 

Laisser les bêtes d’eau piquer les bras, la peau, les morceaux souples du corps ; juste sous les paupières et dans les creux profonds des aisselles.

 

 

 

 

 

 

Laisser les peaux s’enfoncer dans l’eau trouble des fonds de mer.

 

 

 

Laisser les peaux se mouiller, s’imbiber d’eau et même, se diluer à ce sel, à cette eau laisser les peaux s’effilocher

 

 

 

Laisser la chair se décoller et se mélanger aux chairs blanches des moitiés de poissons qui nagent à peine.

 

 

 

Laisser, laisser les bras se détacher, les jambes, le tronc se couper en deux, en plusieurs morceaux blancs, à peine rougis de sang

 

 

 

            Laisser les cheveux se détacher du crâne qui s’amollit comme une éponge sous les gouttes de lait renversé

 

 

 

            Laisser les yeux flotter un peu, pour laisser venir encore le bleu et le vert troubles ; y voir comme dans ce vieux miroir

 

 

 

            Fermer les paupières ensuite, lorsque tout le corps sera dilué, mélangé, oublié dans les eaux salées, bleues.

 

 

 

           

 

 

 

Fermer les paupières doucement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Ouvrir la bouche et que le cri jaillisse qui n’aura plus de son

 

 

 

(Marie, ton nom peut-être)

 

 

 


 

 

photo Jean-Michel Rossi, Théâtre de La Vista, Total Local, Mai 2006

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