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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

lecture à la zal

25 Janvier 2011 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

je suis muscléea

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Ecrivain, quand même, c’est la grande classe.

25 Janvier 2011 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

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 - Nooooon ? Écrivain ? Vous êtes é-cri-vain ?!

- Ben, ouais.

- Et vous…en vivez ? Vous vivez de votre plume ?

- J’écris à l’ordinateur...

- Non, mais allez, quoi, sans rire, vous vivez vraiment de votre plume ? Vous êtes connue alors ?

- Si j’étais connue, vous me connaîtriez.

-Ah. Vous ne vivez pas de votre…

- C’est ça.

- Vous avez un travail alimentaire, alors ? Prof d’anglais à mi-temps dans un collège ? Traductrice chez Harlequin ? Bouquiniste ? Libraire ? Gérante de station service ? Vigneronne ? Prostituée, peut-être ? Rentière ? Hein ? Vous êtes éditée au moins, sinon…

- Indeed. Trois maisons d’éditions s’assoient sur mes droits d’auteurs.

- Vous pouviez pas trouver une combine ?

- ?

- Ben, ouais, pour être éditée chez les bons. Y font comment les autres ? Les connus ?

- Je sais pas.

- Ben faudrait savoir. Faudrait vraiment savoir. Vous n’avez pas beaucoup d’ambition.

- Mais, si, j’en ai.

- Oui, comme tout le monde. Ni plus, ni moins.

- ?!

- Faut bosser votre com’. C’est tout. Faut vous déterminer en tant que produit, vous labelliser.

- (Aller vous faire foutre.)

- Et puis, rencontrez le beau monde ! Les éditeurs, les journalistes, les décideurs, ils ne se trouvent pas sous les sabots  d’un cheval !

- (Je passe mon temps à travailler, pas à faire la mondaine.)…

-Et puis, vous êtes sûre que ce que vous écrivez, ça tient la route ?

- …?!

-Eh, voilà. Vous savez pas. Vous faites lire autour de vous au moins ?

- J’écris ce que je veux, c’est tout. Pourquoi vous riez ?

- On sent la petite fille de province. Mais ma pauvre, c’est pas comme ça que ça marche. Plus personne n’écrit ce qu’il veut. Plus personne.

- Si.

- Ah, oui ? Et vous pensez à qui par exemple ?

- Ben, je sais pas…ya en plein…David Foster Wallace, par exemple.

- Il vient de se suicider.

- Je vois pas le rapport.

- Moi oui.

- Vous êtes tordu, complètement tordu. Et puis, je m’en fous de ne pas gagner ma vie avec l’écriture. J’ai pas besoin de faire le caniche sur un podium. Je veux seulement écrire, écrire et écrire.

- Pas la peine d’être éditée alors. Ni de vous dire écrivain.

- Si j’écris, alors, je suis écrivain. Et c’est normal de chercher à se faire éditer. Pour être lu.

- Vous tournez en rond ! Pour être écrivain, moi, je vous le dis, c’est simple, faut cotiser à l’Agessa. Et vous, si j’ai bien compris, c’est loin d’être votre cas.

- Merde.

- Vous manquez de vocabulaire, pas étonnant que.

- Que ?

- Que vous en soyez là.

 

Ici l’écrivain perd son sang froid. Dans une première version, l’écrivain balançait une statuette à la face de son interlocuteur. Mais dans une seconde version, l’écrivain se trouve armé d’une kalachnikov. L’écrivain tire. Takatatatata. Son interlocuteur est troué de partout, le sang coule en joyeux petits jets. L’écrivain sourit en faisant « ah, ah, ah » d’un air méchant, les yeux plissés, en habit d’Emma Peel. Finalement, au tout dernier moment, c’est la troisième version qui a été choisie. L’écrivain a haussé les épaules, a tourné les talons et s’est éloigné d’un pas vif à travers les bois en imaginant  balancer sur l’interlocuteur une statuette, trois chaussures, un couteau brillant, et avec la kalach tirer dans le lard, et après l’étrangler aussi pour achever tout à fait le travail. L’écrivain trouve que quand même, son monde intérieur lui est bien utile.

 

 

 in L’auteur en première ligne

 L’avant-scène théâtre, Paris, 2010.

 

 

 

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Foot de salon

24 Janvier 2011 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

Foot de salon

 

 

 

« Le ballon ira toujours plus vite que le joueur » Michel Platini

 

 

 

- Comment ça, Miss Pearce, il vous est tombé dessus?



- Mister Mac Gregor, je mesure mes paroles. Il m’est tombé dessus dimanche après-midi. Comme je vous le disais à l’instant, j’étais assise dans le salon, dos à la fenêtre. La télévision était allumée mais je ne l’écoutais pas. Je brodais la nappe. Celle que votre épouse m’a commandée. J’étais vraiment concentrée mais je l’ai entendu, le ploc sur le plancher. Là, devant mes yeux, un ballon rebondissait.



- Un ballon ?!



- Oui, sphérique. Noir et blanc.



- De foot, alors.



- Je n’y connais pas grand-chose, Mr Mac Gregor, mais il m’a bien semblé que c’en était un.



- Et après ?



- Par-dessus la nappe à broder, j’ai poussé un petit « oh » de surprise. « Oh », comme ça.



- D’accord, d’accord. Et ensuite ?



- Le ballon continuait de rebondir sur le parquet. J’ai eu bien peur, Mr Mac Gregor.



- Oui, oui, mais lui, alors ?



- J’avais encore la bouche en « Oh » et je me dévissais le cou à suivre ce ballon quand…il…



- Rose Pearce, vous me mettez au supplice, allez-y, droit au but !



- Un autre ploc à suivi. Et c’est là qu’il m’est tombé dessus. En haricot, comme un petit chat. Oui, Mr Mac Gregor. Tombé. Du ciel. A mes pieds. Il aurait pu m’écraser !



- Oh !



- Comme vous dites, Mr Mac Gregor.



- Son maillot ? De quelle couleur, son maillot ?!



- Mr Mac Gregor , je ne saurais vous dire, il était nu.



- Mais alors comment savez-vous qu’il s’agissait d’un footballeur ?



- A cause des chaussettes et des crampons.



- Je vois, je vois. Il courrait donc après son ballon…



- Oui, je le crois aussi.



-Il vous a parlé ?



- Il m’a d’abord regardé. Il était aussi surpris que je l’étais. Et puis, il m’a dit quelque chose mais je suis si mauvaise en langues étrangères, Mr Mac Gregor, que je n’ai rien compris.

 

- Quelle langue, Miss Pearce ?! Quelle langue ?!! Le français ? L’espagnol ? Le portugais ?

Le chinois ?!



- Ne me grondez pas,  Mr Mac Gregor, je serais bien incapable de  vous le dire ! Il était peut-être …brésilien ?



- On verra ça plus tard. Il est où maintenant ?



- Sur la pelouse.



-Ah, oui, évidemment. Nu ?



- Non, je lui ai donné des vêtements, de mon pauvre père.



- Vous avez bien fait, Miss Pearce, très bien fait. Allons-y.



Mr Mac Gregor m’a gentiment raccompagnée. Il est professeur de langues étrangères chez nous, à Cambridge. Dans le jardin derrière la maison, je me suis trouvée bien déçue : le footballeur était reparti. Le ballon aussi. Il n’y avait plus sur la pelouse que le pantalon noir et la queue de pie de mon défunt père, rien d’autre.

En repassant dans le salon, la télévision était allumée, tout de suite je l’ai reconnu. J’ai été très heureuse de le montrer à Mr Mac Gregor. Là, en gros plan, beaux cheveux, belles dents chantait l’hymne de son pays juste avant le coup d’envoi. On n’a pas pu savoir quelle langue il parlait, le son était coupé. Mr Mac Gregor est sorti de chez moi en soupirant et en secouant sa tête de lévrier à longues oreilles, mais j’ai confiance, bien confiance, et j’attends le prochain rebondissement.

 

 

photo: Anne Bourrel

Texte publié dans la Gazette, n°28, Montpellier, juin 2010

 

 

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P.A.R.E B.R.I.S.E

8 Janvier 2011 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

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Pare-brise, théâtre

 

La façon qu’il a de prononcer ce mot suffit à la séduire. Un rien.

Mais la suite de l’histoire est moins jolie…

 

 

 

Au théâtre de la méditerranée La Vista à Montpellier

 

Du jeudi au dimanche à partir du 17 mars 2011

 

Anne Bourrel/Isabelle François/Isabelle Marsala/

Cathia Poza/Charo Beltran/Jean-Michel Boch

 

 

éditions le Ventre et l'Oeil 2011

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