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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

Articles avec #ecrivainpop tag

Aller retour

7 Novembre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

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  - Vous aviez tout prémédité, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Et le vase en céramique noire, il était à lui ?
- Non, je l’ai acheté pour l’occasion.
- Où l’avez-vous acheté ?
- Eh bien, au marché, à Anduze, dans son village… pour le voyage en voiture, je l’ai bien protégé, dans plusieurs couches de papier. Du papier à bulles et puis beaucoup de papier journal.
-Vous avez voyagé toute la nuit, je pense ?
- C’est exact. Vous savez, le trajet est très long jusqu’à Biarritz.
- Et le corps ?
-Je l’ai transporté à l’arrière de la voiture, sur la banquette arrière, comme endormi. Le vase, je l’ai mis sous le siège avant, bien protégé.
-Entier, le corps ?
- Oui, je n’y ai pas touché jusqu’à la maison.
- Vous l’avez descendu de la voiture, seule ?
-Oui, seule.
-Mais, il était trop lourd pour vous, cet homme d’au moins quatre vingt kilos !
- A ce moment-là de son existence, non, il n’était plus d’aucun poids pour moi. Mort, je l’ai trouvé léger, c’est étrange, non ?
- A quel âge ?...Quel âge aviez-vous lorsqu’il…
- Tous les Noël, de 6 à 13 ans. Plus tard et jusqu’à cette journée à Anduze, je l’ai épié, surveillé, contrôlé, il ne pouvait pas m’échapper.
- Vous souriez ?

- Oui.
- Mais vous êtes folle !
- Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je ne souffre plus.
- Pourquoi avez-vous brûlé le corps? Pourquoi avez-vous conservé les restes dans cette céramique noire ?
- Les tueuses sont sentimentales, je suppose…

 

  Nu rouge Reproduction artistique par Nicolas De Staël

  photographie Paul-Eli Rawnsley
reproduction: le nu bleu, Nicholas de Staël

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ensuite

18 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

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Vers midi, quelqu’un a frappé à ma porte, j’ai toujours aimé les visites, et c’est donc le cœur léger que j’ai ouvert. Mais l’inconnu ne m’a pas inspiré confiance. Un air lugubre, les joues creuses et à la main, une Bible. Je me suis dis, encore un de ces témoins, un de ces apôtres, un de ces mormons qui voudrait faire du commerce avec Dieu. J’ai annoncé la couleur d’entrée, crâneuse : Rangez ça, mon bon monsieur, ici, on est athée, agnostique ou païen, selon l’humeur, rangez ce bouquin, au revoir, bon vent. Il a apprécié mon mauvais humour à sa juste valeur, me jetant un regard las. Il a tordu sa bouche aux lèvres fines, étonnamment rouges et dans une sorte de sourire, m’a dit, avec une voix, mon Dieu, glacée : ne vous y trompez pas, je ne viens pas faire des boniments, je suis votre mort.

 

J’ai vu dans ses yeux que ce n’était pas de la rigolade.

 

Je suis tombée, évanouie, oh, quelques secondes à peine, sur le sol dur et froid, et quand j’ai ré-ouvert les yeux, le type se tenait toujours devant moi, mais il avait rangé son vieux bouquin quelque part, ou peut-être l’avait-il fait disparaître (la mort est-elle magique ?).

 

J’ai aussitôt senti mes membres se solidifier, mes bras, de la pierre, ma tête, du marbre. Au loin, j’ai entendu jouer des trompettes, un air cubain que je connaissais bien. La musique s’est rapprochée, ils étaient tous là, Ruben Gonzales au piano, Ibrahim Ferrer qui chantait... L’homme aux joues creuses, Ma Mort, m’a enlacée et nous avons dansé la plus dingue, la plus envoûtante des salsa.

 

 Je suis parvenue à chuchoter à l’oreille du type : alors, ça y est, je suis morte ? Presque, il a répondu, avec sa bouche froide comme un frigo, ce n’est que l’antichambre.

 

Le reste est moins drôle. Il m’a fallu assister aux pleurs des amis, aux sarcasmes des croque-morts, à la douleur des proches, à l’indifférence de bons nombres de vivants. Je passerai sur ces détails.

Le plus terrible, c’est d’être sans voix. Ne plus pouvoir se mêler à la conversation, ajouter son grain de sel, corriger les erreurs dans les dates, faire sourire avec un jeu de mot, rire à gorge déployée. Je le regrette : toutes les voix se sont tues et il n’y a plus rien que l’infiniment bleu gris de l’eau.

 

 

 

 

photographie: paul-eli rawnsley

 

 

 

 

 

 

 

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(2003, aéroport d’Alger)

11 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

 

 

 

Un jour, j’ai perdu mon nom…et depuis, je m’appelle Ibrahim. J’ai choisi ce nom pour moi-même : Ibrahim ! Ça laisse songeur…on dirait un nom-fleur.

 

 

Je suis Ibrahim des couloirs vides de l’aéroport. Je suis vieux. Les couloirs sont jaunes.

 

 

C’est la nuit et il fait froid l’hiver dans un aéroport. J’ai les pieds enveloppés de chiffons, j’ai le crâne qui gratte, derrière les oreilles, dans la nuque, partout. J’ai des poux, et de la vermine dans mon pantalon, je pue. Ah ! Ah ! Que je pue !

 

 

Je marche dans les couloirs vides de l’aéroport d’Alger, la nuit, il n’y a personne, je crie mon nom, Ibrahim.

 

 

 J’habite ici. C’est chez moi ici.

 

 

Je ne me souviens plus comment j’y suis arrivé. J’ai presque entièrement perdu la mémoire. Il n’en reste que des lambeaux.

 

 

Je suis sans nom et sans mémoire. Je m’appelle Ibrahim et la nuit comme le jour, je marche dans les couloirs de l’aéroport d’Alger.

 

 

Le jour, je vois des hommes, je vois des femmes et quelques enfants. J’aime les enfants mais ils me font peur. Leur souffrance réveille la mienne.

 

 

 Je m’appelle Ibrahim. Ibrahim l’oublié. Ibrahim le très seul. Est-ce que j’existe, seulement ?

 

 

La terre a tremblé. J’ai entendu des grondements, j’ai vu des éboulements, de la boue. Il y a eu des cris. Des morts sont passés devant moi sur des lits à roulettes.

 

 

J’ai vu des hommes avec des barbes et des djellabas, courir armes au poing. Ils criaient « Allah, Allah Akbar » mais ils avaient les sourcils froncés et la bouche mauvaise.

 

Mon Allah, n’est pas le même, le mien me dit : Ibrahim, marche dans les couloirs de l’aéroport, Ibrahim, paix en ton cœur !

 

 

J’ai vu le printemps pousser sur les pistes d’atterrissage. J’écoute les langues étrangères, je vois les yeux des enfants. J’ai froid. J’ai soif. Je bois de l’eau chaude dans les toilettes, quand tout le monde s’en va. Je pue trop pour parler à quiconque. Je me nourris des morceaux de choses que les gens laissent.

 

 

Pourtant, je pourrais me souvenir, si j’essayais. Ai-je été enfant ? Ai-je connu l’exil ?

 

 

Un jour, je me suis assis pas terre et j’ai pensé. J’étais à l’école –y ai-je donc été ? – et en rentrant, le soir, je…il faut que je me souvienne. En rentrant le soir, il faisait beau, c’était le printemps, il y avait deux autres enfants. On courait. On courait et derrière nous, couraient deux hommes.

 

 

Assis pas terre, j’ai pensé, j’ai pensé…ces hommes, c’étaient deux gendarmes français. C’était la France  ; mais moi je n’étais pas français, pas tout à fait. On courait et je suis tombé et les gendarmes m’ont arrêté. Ils m’appelaient par un autre nom. Je ne vois plus que les initiales : L.B.

 

 

Ils criaient. Je ne sais pas ce qu’ils criaient.

 

 

J’avais fait quelque chose de mal, mais quoi ? Mes camarades s’étaient enfuis, je suis tombé. Les gendarmes ont crié, ils menaçaient de me battre et ils disaient, ça, je m’en souviens : sale môme, sale bicot, ici c’est la France , on va t’apprendre à la respecter ! Je m’en suis souvenu tout d’un coup.

 

 

Ils m’ont fait passer devant un groupe d’hommes muets en costumes sombres. Puis, ils m’ont emmené jusqu’à chez moi – mais où ? Ma mère a pleuré, a supplié à genoux qu’on nous pardonne, que j’étais jeune, que je ne m’étais pas rendu compte. Le gendarmes ont dit, ça ira pour cette fois, mais on a l’œil sur vous, tenez-vous tranquilles et faites obéir vos enfants.

 

 

 

Un jour, je me suis couché par terre et j’ai réfléchi à ce souvenir. Le seul qu’il me reste entre les lambeaux de ma mémoire. J’ai réfléchi longtemps et j’ai fini par me souvenir de tout. Et alors j’ai ri, j’ai ri ! On n’avait jamais vu un rire comme ça dans l’aéroport d’Alger. J’ai ri dans tous les étages, j’ai ri, j’ai ri dans tous les visages, j’ai ri dans tous les avions qui décollaient pour aller partout ailleurs.

 

 

Voici ce dont je me souviens :

 

A la sortie de l’école, ce jour-là, il y avait un attroupement devant le monument aux morts. Je sais pas où c’était mais ça n’a pas d’importance, c’était chez moi. Mes amis et moi, on s’est approché et on a demandé aux badauds, alors qu’est-ce qu’il se passe ?

 

 

C’est le préfet qui vient honorer la mémoire des soldats de la guerre !

 

 

Alors, ah, j’en ai ri, si fort quand je me suis souvenu ! J’ai pris des œufs dans le panier d’une femme qui se tenait tout près de moi et je les ai lancés à la tête du préfet ! Ça a dégouliné sur son œil, il ne voyait plus rien, ça coulait sur son costume, gluant, baveux et jaune ! Moi, j’ai couru, je suis tombé.

 

 

Je m’appelais L.B.

 

Comment je suis arrivé ici, dans l’aéroport d’Alger ?

 

C’est ma mort qui m’y a poussé.

 

 

Un jour encore, j’étais dans les toilettes de l’aéroport et j’ai regardé dans le miroir. D’habitude, jamais je ne regardais mon visage. Je jetais plutôt un coup d’œil rapide derrière moi, sur les portes fermées des toilettes, alignées les unes à côté des autres. Mais cette fois-là, je me suis bien regardé.

 

 

J’ai vu mon visage et j’ai compris qu’il ne m’appartenait pas.     

 

 

J’ai vu les rides, les creux, l’ourlet d’une bouche et les dents jaunes, jaune le fond de l’œil, hirsute la barbe, épars les cheveux gris et trop longs.

 

J’ai vu au-delà de mon visage, tous les visages de la vie.

 

 

J’ai vu les yeux d’un homme jeune qui mangeait une fleur, j’ai vu les yeux d’un nouveau né qui avaient la profondeur du temps. J’ai vu demain, quand je serai mort et je me suis senti heureux.

 

J’ai compris le fil ininterrompu du temps.

 

 

 

Ibrahim ! Ibrahim ! Souffle le vent dans l’aéroport d’Alger, Ibrahim, tu es bien plus que toi-même ! Ibrahim, homme né de la souffrance des hommes, Ibrahim, ton destin te pèse !

 

 

 

Et puis, un jour, ma mort est arrivée. Hop, envolé, Ibrahim ! Un homme armé m’a tiré dessus. Cet homme ressemblait à un rhinocéros, un gros type bien nourri de l’armée de chez nous. Al-djezira ! Al-djezira, je suis mort dans les couloirs jaunes de l’aéroport !

 

 

 

Je suis libre de toutes les vies, je suis gai, je danse, je m’appelais Ibrahim, j’avais oublié mon nom véritable, L.B. Maintenant, je m’en souviens. Pour la première fois depuis toujours, je suis heureux ! Demain, peut-être, je renaîtrai encore, dans un pays apaisé, avec une histoire d’homme simple et amoureux ! Quand on a connu le pire, on a droit au meilleur, n’est-ce pas ?

 

Ou bien, je resterai mort, mort et sans matière, je me contenterai de cette éternité blanche, dans l’éther lumineux.

 

 

 

(photo Paul-Eli Rawnsley

nouvelle publiée en version courte

dans le magazine en ligne de « autour des auteurs », numéro zéro)

 

 

 

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number one

10 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

 

 

 

-Moi, j'écris où je veux. Dans les bars, dans les restaurants, assise dans le tram ; je peux écrire partout, où je veux, quand je veux. Ah ! Ca t’épate ça ? Hein. Je peux écrire dans les bars, sur les tables des bars, j’ouvre un cahier, je déplie une feuille, même petite, que j’ai dans ma poche et hop ! J’écris. Ça t’épate ça, hein ? Dis, dis, qu'ça t’épate ? Je peux écrire quand je veux ; quand je veux, j’te dis. Dans les bars, dans les restaurants, assise dans le tram ; dehors. Dedans. Ca t’épate ça, hein, ça t’épate que j’écrive, comme ça, tout l'temps, même dehors, dans les bars, dans les restaurants, où je veux, partout, t’es épaté, hein, hein, dis ? Partout, je t'dis, j'écris et même, quand j’écris pas j’écris .

 

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Dans l'arène

9 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

 

 

 

 

 

 

Tu te souviens ? Oui, je me souviens. On était parti en voiture et sous le tunnel, on avait vu des militaires armés jusqu’aux dents, la kalachnikov pointée sur le flot des voitures. On ne savait pas ce qui se passait.

 

 

On roulait au pas. Tu te souviens ? On n’entendait pas le bruit des sirènes de pompier, dans la voiture, vitres fermées, tu avais mis de la musique, très fort, un opéra, je ne sais plus lequel. Tu n’écoutais pas ; c’était Carmen. Non, je n’écoutais pas, j’étais tendue parce que c’était la première fois que j’allais voir une corrida. Oui. C’est bien ça, je m’en souviens. J’avais choisi pour toi une novillada. Tu étais très tendue, c’est vrai. Tu me trouvais belle ? Oui, très belle. Tu étais belle d’une manière insupportable. J’avais tout le temps envie de t’embrasser, besoin de te toucher. Moi, pareil, je te trouvais insupportable. (Rires). Tu crois que c’était un accident la voiture encastrée dans le mur du tunnel ?

 

 

Je ne sais pas. On a roulé doucement jusqu’à Nîmes. Tu avais peur d’attraper froid avec la clim, je l’ai éteinte. On a ouvert les vitres, baissé la capote, le vent te décoiffait, tu as défait ton chignon pour le refaire et quand tu as lâché tes cheveux, j’ai remarqué qu’ils avaient beaucoup poussé, qu’ils étaient très longs, jusqu’au milieu du dos. J’ai eu mal, un petit pincement au cœur, tout ce temps qui s’était écoulé et moi qui ne décidait rien. Mais n’en parlons pas. N’en parlons plus. D’accord.

 

 

De quoi te souviens-tu encore ? De tout. Je me souviens de tout. De notre arrivée, à Nîmes, en fin d’après-midi. Le soleil tapait fort. Dans le journal, le lendemain, il y avait un article sur cette corrida. L’article parlait d’une chaleur éthiopienne. Oui, c’est exactement ça. Mais, toi, tu ne savais plus si c’était l’été ou l’hiver, le jour ou la nuit ! Tu exagères ! Non, tu me regardais avec tant d’amour dans les yeux, tu étais follement amoureux ce jour-là. (Rires). Oui. Cette chaleur, maintenant, elle parait inconcevable. (Regards, furtifs, inquiets légèrement, sourires).

 

 

On est resté une petite heure aux pieds des arènes, à boire des cafés. Tu trouvais drôle de dire, le café, par cette chaleur, ça calme. Tu étais si heureux de me voir rire, j’ai failli me jeter à ton cou. Je me suis retenue. Je me suis consolée en me disant que de toutes façons, tout le monde, les amis que tu étais venu rejoindre et à qui tu allais me présenter, « une amie écrivain », allaient tout de suite savoir que nous nous aimions. C’était vraiment si évident ? Oui. Et puis, tu m’avais embrassée dans la voiture et tes lèvres étaient pleines des paillettes de mon rouge à lèvres ! Petite folle ! (Rires) Comme c’est loin tout ça.

 

 

Un an et demi.

 

 

On devait être magnifique à voir. Oui, un vrai couple de cinéma ! Elle, talons fins, jupe blanche, corset noir, 30 ans, lui, 50, majestueux, élégant, démarche cubaine et cigare, mocassin de velours, pantalon soyeux, chemise blanche ! Arrête ! Tu te moques !

 

 

C’est bon de rire encore avec toi. Oui.

 

 

J’ai tout de suite compris en entrant dans l’arène que j’allais aimer ça. Vraiment ? Oui, dés l’entrée, quand j’ai vu les gradins, le sable, les cercles de craies blanches, que j’ai entendu la musique de la Peña, toute l’ambiance m’a plu, d’entrée. Le soleil tapait fort, quelques femmes avaient ouvert leur éventail et dans les gradins, des hommes vendaient sur des plateaux des chapeaux de paille et des bouteilles d’eau fraîche. Tu as posé ta main sur ma tête pour t’assurer que je n’avais pas trop chaud. On se tenait l’un contre l’autre et quand j’ai mis mon bras en avant pour me parer du soleil, tu l’as embrassé. Vu ta situation, c’était audacieux. Tes amis étaient assis autour de nous, tous des languedociens au fort accent, des hommes de ton âge, bien installés dans la vie et un couple d’aficionados qui m’expliquait, avec toi, le déroulement de la novillada.

 

 

Tu as pâlie quand le premier taureau est entré. Tu me regardais ? Oui, ton profil. Et je t’ai vu pâlir. Je ne sais pas, je ne me souviens pas, peut-être ; Je me souviens de l’émotion, de l’émoi dans lequel l’arrivée de cette bête m’a mise. J’avais les yeux rivés sur le spectacle. Les yeux accrochés au spectacle.

 

 

Je voyais défiler des images, des tableaux, le picador de Botero. Je frissonnais. Au deuxième taureau, j’ai pu applaudir à la mort. Au troisième taureau, j’ai pensé qu’un peuple qui met ainsi la mort en scène est un peuple sain, fort, vivant. J’avais envie de crier par-dessus les cris des taureaux que l’on mettait à mort, à chaque fois, la même cérémonie revenait, j’en apprenais les codes.

 

 

Le taureau, jailli de l’ombre, tourne une première fois autour de l’arène. Sauvage, brutal, il fonce tête baissée sur les hommes, qui courent se cacher derrière les burladeros, ces panneaux de bois rouge et blanc. On dirait des pantins, ils ont la frousse, les peones, mais le taureau est beau, il est féroce, il est fort, il est puissant.

 

 

Puis, deux hommes à cheval entrent en scène, de façon symétrique. Un de chaque côté. Les jambes des hommes et les flancs des chevaux sont protégés par des caches de métal. Vivent-ils en ce siècle ? Ils sont armés de longues piques, comme des maîtres nageurs. L’un des deux fait danser son cheval pour que le taureau vienne. Danse de séduction. Le taureau charge le cheval, le picador le transperce de sa lance, le public crie, ça suffit, picador, ça suffit. Le taureau est ramené vers le centre. Il verse son premier sang. Sur sa robe de velours noir, sa force se dissipe dans le velours rouge. Son sang. Le sable prend témoin de cette perte première. Les banderilles entrent en scène, ça va vite. Des gestes vifs, des courses, les pantins déguisés ne rigolent plus, ils tiennent dans leur main les cornes symboliques du taureau, les banderilles, et vont les enfoncer là où ça fait mal. Aaah ! Ils plantent en se cambrant, la pointe métallique dans le dos de la bête. Parfois, elle pleure, comme une vache dans un pré. Elle fait pitié, la bête.

 

 

Elle est toute trouée, la bête.

 

 

Tu fermais les yeux, parfois, tu ne regardais plus. Ce n’est pas l’impression que j’avais, je croyais avoir tout vu, ne jamais avoir décillé. Je croyais avoir tout vu. Au point d’avoir mal aux yeux.

 

 

Les banderilles sont lourdes. La bête a des cornes en papier de couleur sur le dos. Ça doit brûler, ça doit déchirer. La bête se vide de sa force, c’est le torero qui, choisi par le hasard du tirage au sort, s’approche, brave et cambré. Il montre à la bête son sang : la muleta est rouge. Cette petite cape signe la dépendance du taureau et sa mort prochaine dans une danse qu’il ne choisit pas toujours. Il faudra qu’il l’exécute. C’est son destin. Le torero connaît la musique, s’il sait y faire, ses passes seront souples, sa danse majestueuse. Là, ici, tourne taureau, dans les plis rouge de la cape, danse taureau, danse ta mort, célèbre la vivance.

 

 

Ça peut durer longtemps. Danse funeste, danse d’amour, danse ultime, le torero pleure peut-être. D’amour. Le taureau l’use et s’use dans le silence les arènes retiennent le souffle. C’est la vie qui est visée : le torero doit accomplir le geste. Le geste le plus difficile, le plus technique. Le taureau doit baisser plus bas la tête pour que le dard de l’épée proprement l’achève. Le taureau d’un seul coup doit tomber. Mais le taureau s’insurge contre cette fatalité. Et redevient féroce. Par à-coups, par sursaut, il exige que l’on se souvienne de qui, véritablement, il est. Il veut l’embrocher cet homme, l’encorner, déchirer ces habits d’or et de lumière dont les nuances sont désignées par des noms baroques et alambiqués : aubergine de l’Indre, embouchure du Vidourle, archevêque de Mexico… la mort est coriace et la vie s’accroche. Le combat se poursuit. Si la chose est proprement faite, ça ira vite. Sinon, le torero devra être aidé par ceux qui se tenaient derrière le burladero, entre l’arène et le callejon. L’épée entre et sort du dos de la bête. Parfois, elle rebondit sur son dos arrondi comme si c’était de l’acier. La foule hurle, finis-le, matàlo, n’attends pas, la foule ne veut pas de souffrance, elle veut du spectacle propre. Du travail clair.

 

 

Le taureau finit par accepter, comme nous tous, comme moi. Le taureau halète, ouvre sa gueule, sa langue pend, il manque d’air, il vibre sur ses pattes, la mort en lui tourbillonne. Les toreros agitent leurs capes autour de lui. Fushia, jaune, bruits froufroutés de jupes. Le tourbillon des capes. Le tourbillon de la mort. Le taureau s’effondre, ses pattes sont affreusement malingres sous son gros ventre. Où est sa grâce ? Il la retrouvera quand il sera bien mort, couché sur le flanc, noir de velours, rouge de velours, dans le sable ocre de la fin de l’après-midi.

 

 

Dans le journal, dès le lendemain, on parlait de l’accident ; l’homme qui avait foncé dans le mur du tunnel. Ah bon ? Que disait-on ? Que la voiture avait percuté le mur de plein fouet. Que l’homme était mort pratiquement sur le coup. Qu’il n’y avait aucune trace de freinage. Aucune. Qu’il avait cinquante neuf ans et qu’il était adjoint au maire de Lodève. Mais pourquoi les militaires ? Pourquoi avaient-ils pointés leurs armes sur le flot des voitures ? On ne savait pas ce qui s’était passé. Etrange mort que celle-là, en fin d’après-midi.

 

 

Oui.

 

 

On a pensé à un règlement de compte. Quelque chose de pas très clair.

 

 

Tu te souviens, encore ? De quoi ? De toi et moi. De toi et moi appuyés contre la barrière, à Nîmes. On regardait passer les chevaux de Camargue qui tenaient dans la pointe serrée de leur rang, six  taureaux  bien noirs. Tu étais derrière moi, tu me serrais contre toi, c’était doux et fort à la fois, tu me susurrais des choses à l’oreille…tu te souviens ? Oui, je me souviens. (Regards, longs)

 

 

On a dîné là. Aux bords des arènes, sur de longues tables étaient servies des gardiannes de taureau. Et du vin rouge sang. La nuit est tombée. De belles gitanes des Saintes Marie de la Mer sont venues danser sur l’estrade. Tu étais envoûtée par leur danse. Tu ne voulais plus écrire. Tu voulais danser. Oui, c’est vrai. Et puis on a voulu rentrer. On a bien retrouvé ta voiture là où on l’avait garée. Une grosse voiture très noire.

 

 

Ah, oui ! (Rires) Quelle histoire !

 

 

Les phares ! Tu avais oublié de les éteindre. On était arrivé en plein jour, c’était le mois de juillet et il faisait encore chaud, le soleil brillait très haut. Tu ne savais même pas pourquoi tu les avais allumé…Va savoir…Tu cherchais la lumière ? (Rires) Je ne l’avais pas devant les yeux, pourtant, ta lumière ?...Ne recommençons pas. Non, ne recommençons pas.

 

 

Quel gâchis. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est comme ça.

 

 

La voiture, on a essayé de la pousser. Tu as arrêté quelqu’un. C’était bien vu, un homme charmant, il nous a aidé à pousser la voiture, il est même rentré chez lui pour prendre des pinces crocodiles dans son garage. Oui, c’était agréable, au fond, je jouais le scénario à fond, je faisais comme si ta femme, c’était moi. J’ai bien vu, tu sais, que tu étais heureuse d’avoir ce rôle-là. Je t’ai laissé faire. J’aimais bien aussi. Sentir ta présence attentive à mes côtés.

 

 

Tu m’as fait rire quand tu m’as dit de regarder le nom du chemin où on avait arrêté la voiture ! Ah, oui, j’avais oublié ce détail. Chemin des amoureux.

 

 

Quelle histoire ! Ça ne s’invente pas. Non. Ça ne s’invente pas.

 

 

(Silence)

 

 

(Silence)

 

 

(Encore)

 

 

Il va falloir que j’y aille.

 

 

Oui.

 

 

Tu as gardé mon numéro ?

 

 

Tu n’en as pas changé ?

 

 

Non.

 

 

Alors, je l’ai.

 

 

On s’appelle ?

 

 

Oui.

 

 

Je te souhaite un joyeux Noël.

 

 

Oui. Joyeux Noël.

 

 

 

 

Ils s’en vont. Chacun de leur côté.

 

 

Quand le taureau est bien mort, les hommes quittent l’arène. Entre alors un chariot tiré par deux chevaux aux lourds sabots dont le collier est parsemé de petites cloches. D’autres hommes, en costumes noirs et foulard rouge pointu sur la nuque, enchaînent le taureau mort au chariot. Le taureau mort glisse hors de l’arène, et s’envole, au son des clochettes.

 

 

 

 

 

 



Ilustration, L'Aube nouvelle, Marc Na (détails)

Texte Anne Bourrel, nouvelle sélectionnée pour le prix Hemminguay 06

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mode d'emploi

8 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

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Dans le Delta du Rhône, roman, extrait 2

5 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

(...) dans ma chambre, je prie la Vierge Marie : celle que ma grand-mère Angeline m’a achetée à Lourdes, qui a sa jolie robe blanche et bleue en plastique, ses mains fines et manucurées jointes sur sa ceinture de soie bleue assortie à la robe et son petit chapeau couronne doré qui sert aussi de bouchon, si on veut mettre dans la Vierge de l’eau bénite ou du robinet.

 

 

 

Elle, la vierge blanche et bleue, je l’ai tant voulue, j’ai supplié ma grand-mère pour qu’elle l’achète, elle a dit d’accord, c’est pas trop cher. J’ai sauvé la Vierge Marie. A côté d’elle, dans la vitrine, elle était menacée par un énorme couteau suisse articulé, dont toutes les lames étaient sorties, et même la lime et les ciseaux, et qui passait et repassait son arsenal de guerre devant la figure de la pauvre petite vierge Marie éplorée, avec ses petites mains et sa petite mine. J’ai eu tellement peur, tu sais, que le couteau la décapite ! Quand le marchand, un gros type à moustache, me la tendue par-dessus le comptoir, pendant que ma grand-mère payait, je l’ai serrée sur mon cœur et je lui ai murmuré à l’oreille à travers le papier d’emballage : t’en fais pas, je t’ai sauvée.

 

 

 

Alors, je prie Marie, mais je crois qu’elle ne peut rien faire parce qu’elle est trop traumatisée maintenant.

 

 

www.editions-harmattan.fr

 

 

C'est là! sur le moteur de recherche de l'Harmattan. Tapez: Contrebandes, roman sonore.

www.editions-harmattan.fr

La Madone de la rue Eugène Lisbonne (extrait1)

Ce que j'ai oublié de vous dire, c'est que je suis énorme. Non, pas la peine de me dire que j'exagère, que je suis seulement un peu ronde, bien en chair, enrobée mais plutôt jolie et qu'on ne pourrait pas m'imaginer autrement. Je suis bel et bien é-nor-me. Je le sais. je le sais parce que j'ai du mal à passer entre les meubles chez moi. Je me cogne tout le temps, partout, et je suis couverte de bleus. D'énormes bleus que je regarde passer du noir au mauve et disparaître dans des tâches jaunâtres. Ma chair déborde, mon cul dépasse, mes mains sont rouges et bouffies; d'ailleurs, elles s'adaptent mal à la toute petite ouverture du micro-ondes. Souvent, quand je dois mettre quelque choses à chauffer dedans, il me faut ruser, viser. Sinon, surtout si je tiens le plat à deux mains, je reste coincée.

 (extrait 2)

Enjoy your time of leisure! Je ne m'amuse pas. Alors, c'est bien, les vacances? Je ne m'amuse pas je vous dis. Je tape. Je passe mon temps devant ce foutu ordinateur. Oui, mais personne ne t'y oblige! Si vous croyez que c'est la question! J'écoute ce qu'elle me dit, ce qu'elle me dicte, c'est tout! S'amuser, se distraire, se promener, se détendre, profiter. Je ne connais pas ça, moi, je n'aime pas les vacances, je suis travailleuse, je me lève tôt, je me couche tard et je fonce sur les touches de l'ordinateur. Si je ne tape pas, j'ai peur, de ne plus l'entendre, de la perdre. Je ne m'amuse pas. Je suis de mauvaise humeur de toutes façons.

 

 

 

 

Par avance, merci et bonne lecture!

Bientôt sur le site des éditions ACORIA:  Le roman de Laïd

photo: didierleclerc

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C'est qui?

1 Octobre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop


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Je suis est née à Carcassonne, à la fin d'un mois de mai. Depuis, pas mal d'encre a coulé.

J'ai vécu dans différentes villes, à Londres, à Marseille, un peu à la campagne, mais je n'aime que les villes.

 

 

Les livres, sont mes atlas, mes cartes routières, mes pays de voyages.  

      carte post 5

Je me suis définitivement installée à Montpellier depuis 2006.

C'est ici que j'écris, dans ma ville mythe, lumineuse et ouverte de tous les côtés: mer, Afrique, terre, Europe, ciel, toutes possibilités.  


J’écris des pièces de théâtre, des textes narratifs et l'écriture, son tissage, est la matière même de mon travail.

 

Je voudrais que dans mes textes, quelque chose parle et qu'il y ait du SON.

 

 

je suis muscléea

 

 

Bibliographie sommaire

:brèves

 

Romans

  •  Station-service, éditions Myriapode, Paris, septembre 2011
  • Le Roman de Laïd, éditions Acoria, Paris, mars 2008
  • Contrebandes, roman sonore, L’Harmattan, Paris, mai 2002

 

 

Théâtre 

pare-brise aff - Copie

  • Pare-brise, mise en scène Isabelle François, éditions Le Ventre et l'oeil, Montpellier, mars 2011, .

 

  • Ecrivain, quand même, c'est la Classe, in EAT, L'Avant-scène, janvier 2010

 

  • Monsieur Albert veut changer de Nom, théâtre, lu par Claude Marti, enregistrement et création radiophonique Gil Non, publié in « Nouvelles de la Révolte 1907-2007 » aux éditions Cap Béar, mars 2007.

 

  • Gualicho, théâtre flamenco, mise en scène Isabelle François, éditions Acoria,  mars 2008.

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  •  Iran, irae, théâtre d’O, 25 juin 07, lecture par Charo Beltran et Victor Haïm, printemps des Comédiens, éditions Acoria, mars 2008. Projet de mise en scène 2012 Julien Guill.

 

  • Le Gymnase, un triptyque, théâtre, texte en ligne sur le site du Proscenium.

 

      Poésie 

  • Chemin Liquide, poésie, aux éditions Souffles, prix d’honneur des écrivains méditerranéens, Montpellier,2001. Mise en scène avec Iris Teyssier.

  • Shâkhôr, poésie, avec les photographies de David Robesson, aux éditions du Phare, prix de la création, Pau, 1996. 

 

 

yoyo a l eau[1]

 

      peintures Isabelle Marsala

pare-brise et yoyo à la plage accompagnent le texte de théâtre éponyme et le roman Station-sevice

Coin-coin, accompagne le texte L'Eté 78 publié dans la revue en ligne Autour des auteurs:

http://www.autour-des-auteurs.net/magazine/new_mag.html

 

Photo Abstraite Paul-Eli Rawnsley: paul-eli.blogspot.com

cette photo accompagne le texte Une nuit, sur l'autoroute publié sur ce blog

 

 


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Didier Leclerc, photographe

26 Septembre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

Didier Leclerc a deux yeux verts surmontés d'un petit nuage blanc et un troisième oeil : noir, japonais, rond, qu'il garde dans un sac bleu nuit, ou bien qu'il place, en attente, sur le rebondi de son ventre.

Lorsqu'il disparait derrière son gros oeil rond, Didier Leclerc fait de la photographie qui cache. Regardez ces toiles mystèrieuses publiées dans le magazine de l'ADA, regardez ces traces dans le sable de l'Espiguette sur le site de son atelier N89.

Quand L'oeil japonais cache Didier Leclerc, entièrement, on voit des bras, des jambes, un tronc d'humain et une tête d'oeil,  un oeil à la Odilon Redon.

Le Caylar, septembre 2007

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on a marché sur la Laune

26 Septembre 2007 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop Publié dans #ecrivainpop

L’actualité : René Escudié a écrit un texte que j’ai co-signé avec d’autres, pour dire ras-le-bol à toutes ces choses affreuses qui se passent en ce moment : chasse à l’étranger. Mais pourquoi faire ?!!

 

 

Seul le métissage existe, c’est la seule et UNIQUE solution, c’est le processus même de la vie. Fermer les frontières, envoyer des gens où ils ne veulent pas aller, attiser la haine entre communauté dans ces maigres délimitations que sont nos frontières, ne servira qu’à une seule et même chose : faire pousser la haine. Et la haine mange de la haine. La seule nourriture de la haine, c’est la haine.

 

 

 

 

Empêcher les gens de circuler librement et de vivre où ils veulent (peuvent), c’est laisser venir tous les extrémismes.

 

 

L’économie ? Elle ne gagne pas non plus au resserrement des frontières.

 

 

Qui a oublié pourquoi notre pays s’orne de centaines d’autres nations, qui ?

 

 

 

 

A Tanger, quand on s’assoit au café Hafa, on voit les côtes espagnoles. Aujourd’hui, l’Eldorado est là, pour des milliers d’Africains et de Maghrébins : la côte espagnole, et derrière La France, et plus loin l’Angleterre…celui qui rêve de vie meilleure et que l’on empêche de traverser se tournera vers Dieu. Et Dieu, on le sait, n’est pas toujours des plus enclins à respecter les droits de l’homme….eh puis les choses changent si vite : lisons les livres d’histoire ! Par exemple, celui de Leroy Ladurie : Histoire du Languedoc (PUF, 4 euros 50, moins cher encore d’occasion et disponible dans toutes les bibliothèques) et que lit-on ? Les richesses se créent, puis, elles se perdent, les frontières se transforment aussi au gré du temps, les gens les traversent selon leurs besoins, des pays pauvres envoyant leur main d’œuvre et leurs journaliers dans un pays donné, un siècle plus tard se retrouvent riches et accueillent à leur tour ceux chez qui ils ont été serviteurs.

 

 

Alors, oh, hein, les hommes, un peu d’humilité !

 

 

Et toi, là, cet élu du peuple qui ose même aller porter ta leçon mal apprise chez les africains ! J’espère qu’ils ont ri, pendant que moi je pleure, en écoutant tes sornettes de goujat. Non, mais, c’est qui ce mec ?! Même ici, dans ma retraite gardoise, je n’entends parler que lui. Vous avez regardé le téléfilm hier soir à la télé ?! J’ai pas la télé, mais j’ai entendu parler de ce programme à la radio et je suis abasourdie. Il est partout, partout.

 

 

Dans les livres d’histoire, les miens, ceux que je me souviens avoir reçu l’année du bac, on appelait ce genre-là : le culte de la personnalité.

 

 

Merci mes co-citoyens d’avoir voté pour ce tocard.

 

 

 

 

Au café Hafa, des hommes aux yeux réglisse vendent de la réglisse. Des feuilles de menthe ou presque …un très vieil homme dans une burka blanche porte sur son bras un énorme plateau de pâtisseries au miel et aux amandes. Les verres de thé arrivent brûlants. On prend le temps qu’ils refroidissent, on prend le temps de les boire, on prend le temps de se souvenir du goût du thé, amer, sur le bout de la langue, un temps étiré, un temps sans mesure, alors qu’au loin brille la mer barrée de bleu noir : les côtes espagnoles.

 

 

Je voudrais retrouver le café Hafa, avec toi, mon amour, et entendre cette chanson si triste, si triste, au son du oud, lorsque quatre jeunes hommes chantaient.

 

 

 

 

Fils et filles des mappemondes, il va falloir se serrer les coudes.

 

 

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