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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

Chroniques livres« Vous ne reprenez pas des cèpes ? » Vingt repas chez Émile Zola

22 Août 2014 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

Lorsqu’on se met à table chez Zola, on ne consomme pas seulement des aliments, on se mange les uns les autres… si on ne se mange pas soi-même.
Dans les vingt volumes qui composent Les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire,soit la nourriture abonde, soit elle manque cruellement, il n’y a pas d’entre-deux. Ainsi, dans Le Ventre de Paris où les MAIGRES s’opposent au gras, les ventres creux des pauvres gargouillent devant des montagnes de provisions destinées aux bourgeois. Ce pauvre Claude Lantier, peintre génial famélique et suicidaire que l’on retrouve dansL’Œuvre, vient puiser son inspiration aux Halles dans le défilé des légumes, des fruits, viandes, poissons, beurre et fromages qui y sont déversés par charretées entières chaque matin. Claude se nourrit de leur forme et de leur couleur, « en prenant même des indigestions », sans jamais toucher à la moindre de ces victuailles.
Des réfectoires grands comme des mâchoires nourrissent le personnel du grand magasin Au Bonheur des dames. Dans ce roman, le nombre des occurrences du verbe « manger » est vertigineux. Tous les personnages, des principaux aux secondaires et même les personnages d’arrière-plan, voudraient manger, mangent ou sont mangés : « Vous me croyez fini, et les dents vous poussent. Méfiez-vous, on ne me mange pas, moi ! »

article publié dans la revue Funambule. Oeuvre originale, Seb.M, collection particulière.

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