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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

Pleine Laune

29 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

 

Le soleil est en train de rougir à La Laune. Pour ceux qui connaissent les lieux, Guillaume, Nat, les deux Janine et Joëlle, sachez que le volet de la cuisine ne claque plus, on est venu réparer le crochet tout à l’heure. La tête de lit en soleil forgé repose sur deux coussinets de feutre, et les murs seront repeints de neuf, bientôt, mais toujours dans cet ocre chaleureux. Demain, je laisserai les clés sur la porte pour celui ou celle qui viendra après moi. J’ai passé quatre semaines penchée. Perchée aussi.

J’ai l’impression d’avoir fait un peu de progrès. Vague impression aussitôt rouée de coups de poings par mon propre doute. Est-ce que ce que j’ai écrit tient la route ? Est-ce que, est-ce que et est-ce que? Hein? Advienne que pourra, je lance les dés sur le papier et je ris, dans le soleil rouge de ma Laune.

(no picture today)

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Jeudi en anglais, ça se dit Jédaï ?

28 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

 

Hier soir, j’ai lu une biographie de Flaubert qui vient de sortir au Diable. J’ai passé un très bon moment avec Gustave et Louis-Paul. Combien me touche la retraite de Flaubert dans sa maison de famille : il s’y est volontairement installé (enfermé trop connoté négativement) pour écrire seul avec sa mère, sa nièce, seul tout court quand l’une est morte et que l’autre s’est mariée. Comme il a dû être heureux entre ces deux femmes et l’écriture, avec ses amis à portée de plume…on s’écrivait beaucoup à l’époque, plus encore qu’aujourd’hui avec nos mails. Le dit-on assez combien on est heureux dans l’écriture ? Bien sûr, c’est dur, il y a le doute, les douleurs aux dos, bras, poignets, le manque d’argent et de reconnaissance, mais quelle heureuse nage libre…d’ailleurs Flaubert jeune homme aimait nager.  Flaubert a écrit n’avoir eu qu’un seul ami véritable (et pourtant, il en a eu de bons amis, de bons camarades qu’il aimait passionnément plus que ses femmes). Son seul ami véritable aura été son père. C’est vrai, les parents des écrivains ne sont pas toujours leurs ennemis (famille je vous hais, n’est pas le seul modèle), parfois même ce sont nos meilleurs amis.

(Le livre: Gustave Flaubert, un vieux garçon, par Louis-Paul Astraud, Au Diable Vauvert, 2010.
La photo représenterait Flaubert en 1846, derrière lui, le portrait de Louise Collet. Cette photo fait débat, c'est très intéressant, cf. site de pierre assouline (sorry François) et site officiel de Flaubert.
Et bien sûr, pour Flaubert, la biog en trois volumes de Jean-paul Sartre...)

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fin (maybe) de la mission Laune 1

26 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

P1120693.jpgAllez hop Faut finir un jour. Voilà, c’est fini. Mon roman est fini. Les éditeurs vont pouvoir téléphoner et supplier :
a) que je l’envoie, en chronopost si possible
 
b) que je ne l’envoie pas, ils en ont bien assez comme ça à lire.

Cochez a ou b.

Et vous croyez, vous, que je vais faire du tourisme maintenant ? Non. Je repars en mission, Tan tan tan! La Cosmo girl jamais ne se repose ! Isabelle? ouh ouh, t'es là?
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cosmo girl in a lonesome ship

25 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

On a marché sur la Laune, quatrième semaine

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A la Laune, je suis un cosmonaute. Je flotte, pareil, je ne touche terre que pour téléphoner à la famille, à l’écrivain amie qui est rentrée à la maison avant moi. Je suis dans ma bulle, dans mon spaceship confortable. On en voit des paysages. On en croise des personnages venus d’ailleurs. A la Laune, je suis un cosmonaute. J’ai mon costume spécial, mes bottines exprès, je parle avec une voix d’enregistrement, je suis seule dans mon vaisseau. J’espère qu’il n’y a pas de souris. J’entends gratter. Le vent dans les branches ? Et le voisin qui crie à son chien ‘oh’, à trois heures du matin, est-ce qu’il viendra ce soir ? J’espère pas. J’espère qu’il n’y a ni souris ni chien insomniaque. J’ai presque fini ma mission romanesque. Presque. Ça fait quelques jours que je dis presque. Ça tient, disons, à du saupoudrage pour bien appuyer ici, mieux dire là. Le plus gros est fait. J’aime être un cosmonaute en mission.

A demain 

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suite de Laune

16 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

On a marché sur la Laune, samediP1130071-copie-1

Je me suis levée tôt. La Laune s’ouvrait. Le jour pointait. Les étangs, le cyprès étaient dans le gris nuit.

J’ai écrit. J’ai essayé d’aller au plus loin dans mon imaginaire.  Je ne sais pas ce que ça vaut. J’ai peur d’être nulle. Quand j’écris, non, j’ai pas peur, je suis dedans, le monde que je décris, je le vis, les personnages, je les aime.

Ce sera à vous de me dire si ça vous fait voyager ou pas. Hier, je voulais vous donner de l’engrais, aujourd’hui je voudrais poser ma tête sur votre épaule et vous regarder lire ce que j‘ai écrit pour vous. Je suis prête à vous faire une déclaration d’amour dont personne ne pourra être jaloux ; elle est pour tous, c’est pathétique à souhait, mais c’est hélas sincère. J’ai dû un peu trop travailler aujourd’hui, autant aller dormir.

On a marché sur la Laune, vendredi

Je me suis levée tôt. J’ai vu le soleil arriver de loin, comme un ballon rouge, j’ai pas vu la main qui a tapé dedans ou le pied, mais il s’est répandu partout, le soleil, partout. Du doré sur le clavier, c’est bon pour la journée.

J’ai pensé à mes lecteurs, à vous, et comme vous n’êtes pas très nombreux, j’ai eu envie de vous donner de l’engrais pour que vous vous multipliiez. Une cuillère pour G, une cuillère pour N, une cuillère pour S, deux pour L, qui ne lis pas tout, une cuillère pour ceux que je ne connais pas.

(...)

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On a marché sur la Laune, 3

14 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

On a marché sur la Laune, jeudip4120132.jpg

Tout s’est passé comme prévu, j’ai écrit, je suis allée me balader. J’ai choisi Vauvert. Comme je suis une citadine, j’aime bien marcher dans les rues. Dans ma ville parfois, je fais de la randonnée urbaine.

A Vauvert, j’ai visité un magasin de décoration intérieure (je voulais une bougie parfumée pour ma Laune). Un couple d’une soixante d’années achetait de la vaisselle. La dame hésitait encore un peu et refaisait le tour du magasin. Lui, il pestait. Il criait comme un cochon. C’était l’un de ces types qui me donnent envie de sortir la carte du MLF de ma grand-mère et de la lui coller sur le nez avec de la colle extra forte. Il criait et bougonnait et monsieur, s’irritait parce que le shopping, c’est pour les dindes.

Mais nous, les dindes, depuis hier, on sait bien qui elles sont.

J’ai reculé discrètement pour barrer le passage du monsieur dans l’allée. Je le sentais dans mon dos qui essayait de se dégager vers la droite, hop, je faisais un pas de côté, vers la gauche, hop, un autre pas. Il est resté bloqué comme ça un moment.

Ça nous a reposées, sa femme et moi. Il criait plus le cochon, il était concentré, il ne voulait pas que je lui marche sur les pieds. J’ai tenu un bon moment  comme ça de dos à le faire valser  dans l’allée.

Petite balade, petite joie.

En rentrant, j’ai allumé la bougie. J’ai acheté Libé. Je le lirai ce soir pendant que l’imprimante me montrera les pages de la journée.

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On a marché sur la Laune, 2

13 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

On a marché sur la Laune, deuxième semaine

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Lundi

Il neige, il a neigé, il neigera tous les ans en janvier. Les taureaux s’en battent l’aile.

 Le week-end à la maison a été bien occupé, très beau. On a un peu la gorge serrée de se quitter pour deux semaines. Je sais pas si ce que je fais c’est bien. J’ai une valise de questions et de doutes sur tout. C’est pas grave, je rentre à la Laune pour écrire encore.

Mais ça te saoule jamais de passer autant de temps toute seule?


P1130076.JPGMardi

Non, ça ne me saoule pas. C’est inévitable.

Le monde continue d’entrer : on parle des morts, on dit que le suicide si jeune, pour une mère, c’est une chose inimaginable, qu’elle devait être dans un état que l’on ne sait pas nommer. On est triste avec les gens du dehors.

La neige coule. Je tricote du texte. Mon écrivain amie me fait du café. Elle a peut-être une bonne idée…ah, ah, ah…affaire à suivre ce soir devant ballon rouge.

Je vais à Nîmes, aller-retour, au Nord de Nîmes, ça ressemble au Canada.

MercrediP1130080.JPG

Mercredi, c’est aujourd’hui. La neige n’est plus qu’un souvenir rigolo. Mon écrivain amie a eu une bonne idée, vraiment. Elle m’a lu trois pages hier soir qui partent vraiment bien. Il fait beau, on met les baskets pour respirer dehors. Ça sent le crottin par-dessus l’air frais. On confond les jours.

On a trouvé un cimetière de tracteurs et de machines agricoles.P1130081P1130087

On a vu un troupeau ( ?), un gang ( ?) de dindes, et c’est très joli une dinde. Pour ceux qui ont oublié, la dinde est une sorte de petite poule à crête très rouge et robe noire à pois blanc. La dinde a un petit bec pointu, assez court, genre petit nez. Elle a l’air très distingué. Hélas, elle crie comme une conne, genre pétasse, d’où sans doute l’assimilation pour toujours de cet animal à la bêtise. Si elle n’avait rien dit, on aurait peut-être eu des expressions du genre : élégante comme une dinde, bien habillée comme une dinde, jolie comme une dinde. Dommage.

Allez, c’est parti, on dévale la pente de ces trois semaines à la campagne le cœur léger.

L’effet Laune nous prend aux genoux.

Jeudi

Je prévois d’écrire. Avec une petite balade.

Vendredi

Pareil

Samedi

Idem

Dimanche

Aussi

Lundi

Pas de surprise. Je rejoue en troisième semaine. Mon écrivain amie aussi.
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On a marché sur la Laune

8 Janvier 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

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Lundi

Je suis à Vauvert, chez le Diable. Mon prof de philo, Jean-Paul Soulié, me l’avait bien dit en 1989 au café du coin, mieux vaut se fier au diable qu’au bon dieu. Vingt ans plus tard, j’acquiesce. On est bien chez le diable, peinard, avec trois fenêtres pour soi tout seul, un lit douillet, une machine à laver slameuse et tout le confort moderne. Et même deux bureaux ! Un petit dans un angle et un grand au milieu de la pièce. Le diable est un ange. Il s’occupe de tout préparer avant qu’on arrive et puis il disparait sur les pointes de ses bottines. Il nous offre la paix sur un plateau. Le diable connait bien les écrivains.

Mardi

Je ne suis pas venue seule. J’ai pour voisine mon écrivain amie. Elle habite l’autre appartement. On travaille chacune chez soi en silence. Le soir, on débouche une bonne bouteille (du Faugère par exemple), on mange des spaghettis tomate et on se lit les textes de la journée. C’est mieux comme ça.

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Mercredi

Ça passe vite. Je panique. Mon roman ? Ah !!! C’est pas bon, ça décolle pas. Faut recommencer des pages entières. Faut revoir l’agencement des chapitres. Mon écrivain amie me sourit. Elle aussi panique. Ce soir, elle boit du blanc, et moi de l’eau minérale. Dans mon verre ballon, je mettrais bien un poisson rouge.

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Jeudi

Jeudi se confond avec mercredi. Même emploi du temps. Le diable vient s’assurer que tout va bien, que rien ne manque, je lui dis, souffle un peu sur mon ordi.

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Vendredi

Il neige et mon écrivain amie a dû rentrer pour le week-end. Je pars demain matin. On revient lundi, à la première heure, on sera chacune ici, à nouveau, les doigts sur le clavier.

Résolutions pour la semaine suivante : apporter des altères pour faire un peu de sport. Ne pas lâcher ce texte qui me pousse entre les doigts.

J’ai bien senti le souffle du diable, merci. Il me semble que mon texte prend une belle couleur rouge feu. Et puis dehors, il neige.

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