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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

Prenons le paradis

19 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

 

Leçon à l'usage de nos petits pays: ici, en Argentine, tout étranger est le bienvenu.

Je peux si je le souhaite m'inscrire à la faculté de lettres et terminer mon doctorat sans que cela ne gêne personne et sans avoir à payer quoique ce soit. Un vénézuélien fuyant la déplorable situation économique de son pays peut faire de même.

Emigrer est un droit. Le pays, depuis les premiers temps du dix-neuvième siècle qui a vu défiler des moitiés d'Italie et quasiment tout un pays basque continue à rester ouvert à l'extérieur. Toutes les populations, ça veut dire aussi les nazis d'après la guerre, on le sait bien, les européens le soulignent bien assez en ricanant, mais tout système a ses défauts. Ne regardons pour une fois que la valeur humaniste de ce pays de l'abrazo.

Ici, tout le monde reçoit tout le monde, bras ouverts. Je veux dire que ça se sent, ça se perçoit, ça se vit. Deux heures que je connais Leandra et elle me serre très fort dans ses bras comme une mère qui part pour dix ans à la guerre dans des vallées perdues. J'essaye de lui rendre la même chaleureuse amitié, moi, l'Européenne qui ait appris de manière implicite à toujours me tenir à un bras de mon interlocuteur. Et encore, je ne suis pas Anglaise! je me souviens dans la cours de récréation d'un lycée, quand j'étais prof à Londres, un espagnol et une anglaise en discussion: l'Espagnol s'approchait à mesure que l'Anglaise s'éloignait, tous deux gardaient les pieds collés au sol. Elle a finit le dos creusé, la nuque raide, alors que lui allait vers l'horizontale. Un vrai ballet.

Ici, il y a une bienveillance, un souci de l'autre que je n'ai jamais expérimentée en Europe. On se sourit avec gentillesse. On se parle sans se connaître, à la moindre occasion. Je ne dis pas que tout est rose sous la bannière blanche et bleue, non. Je sais la violence des faubourgs, la misère est visible aux coins des rues -comme chez nous, des familles à la rue-, je sais que ça cogne dur dans les rues sombres, la nuit...

...et que la vie est difficile avec tout qui augmente sans cesse. Partout, on ne me parle que de la cherté des produits. Se nourrir, se vêtir, tout coûte de plus en plus. L'inflation galope, le peso chute. Ce qui coutait 300 pesos il y a dix ans, en vaut 3000, voire 4000. Alors, bien sûr, l'Européen et l'Américain peuvent se payer du bon temps. On mange dans un restaurant luxueux pour 1000 pesos,  46 euros, ce qui équivaut aussi à la somme pour 4 jours de courses, on prend des taxis à 150 pesos soit 7 euros pour aller d'un bout à l'autre de la ville. Et les chaussures de danse, en cuir, valent moitié prix, 60 euros pour les plus belles...Des sommes qu'il me faut vérifier plusieurs fois pour y croire. Car ce qui est étrange, c'est que Buenos Aires ressemble en tous points à l'Europe. On pourrait se croire à Madrid, habitudes de vie, visages, architecture comparables mais pourtant c'est une économie du tiers monde. 

L'argentine est aussi le pays qui se porte le mieux en Amérique du sud et qui a le meilleur sytème de protection sociale. Education et soins sont gratuits pour tous. 

J'espère sans trop y croire que les élections du 27 octobre prochain apporteront un changement radical et que le pays retrouvera une nouvelle période faste car tout est toujours possible...

Besos y abrazo fuerte.

 

 

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