Ode à l'ami qui m'a donné les clés
Marcos a dans sa tête le dessin complet de Buenos Aires, le centre il le connait comme sa poche. Quand on appelle un taxi ou un Uber, c'est lui qui explique le chemin plus vite que le GPS.
Parfois, comme il y a très longtemps, quand dans le métro s'allumait le chemin que l'on voulait parcourir, sur ces tables-cartes que l'on trouvait alors aux entrées, je vois son front clignoter. A Paris, je m'en souviens encore, il suffisait d'appuyer sur un bouton et hop, le chemin à faire s'éclairait. Marcos, c'est comme ça dans son cerveau. Il y a une carte dedans. Une carte de Buenos Aires. C'est très impressionnant de voir les petites lumières tracer le chemin. On les voit aussi un peu dans ses yeux. Oh, ça dure une seconde, deux, tout au plus. Il faut être très rapide pour percevoir le tracé du cerveau de Marcos et ce n'est qu'au bout de trois semaines et quatre jours que je peux dire avec certitude qu'il possède ce don incroyable.
Alors on donne une adresse, n'importe laquelle, et hop, cerveau s'éclaire, petit chemin de lumières rouges et vertes, et hop, Marcos vous dit à la seconde où attendre le taxi, à quel croisement, sur quel côté de l'avenue vous devez être. Et le plus incroyable, c'est qu'il sait aussi ce que vous pourriez faire dans le quartier, avant, après le rendez-vous parce que dans sa carte mentale, il y a aussi les icônes restaurants, cafés, milongas.
Marcos aime sa ville dans laquelle il vit depuis l'âge de trois ans, la richesse de sa culture, le tango et il partage.
Il y a très peu de gens sur terre qui sont aussi généreux que Marcos. Offrir sa ville. Danser patiemment avec moi jusqu'à ce que le tango me vienne un peu. Expliquer les mots. Répéter, proposer, montrer, présenter les amies, partager, protéger (tu peux aller de ce côté-ci la nuit, mais jamais de ce côté-là....).
Le tango, dit-il, ce n'est pas seulement aller à la milonga, prendre des cours, c'est laisser infuser en soi tout le reste: la vie des gens, la vie d'ici. Je ne saurais dire mieux.
Grâce à lui, que j'ai rencontré il y a deux ans à la toute fin de mon premier voyage à Buenos Aires et avec qui j'ai découvert aussi les milongas de Berlin, je peux désormais m'enfoncer dans la ville jusqu'à la sentir partout en dedans de moi. La ville me gagne, s'offre à moi, des portes s'ouvrent, des espaces nouveaux se créent. Et cela ne fait que commencer.
Marcos m'a offert les clés de Buenos Aires y le agradesco con un abrazo grande. Nunca olvidaré.

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