El tango d'ici et d'ailleurs
Alors, le tango? Ils dansent mieux que chez nous, pas vrai? Je sais qu'au retour, mille fois, j'entendrai la question...Alors, comment dire? Cela dépend des endroits, des milongas, des horaires, des ambiances. Parfois, je me retrouve entourée de quasi professionnels et complètement dépassées par les évènements, parfois, je rencontre des manières de danser connues, plus faciles, moins rapides et moins techniques.
Au tout début de mon séjour, j'aurais dit, oui, ils dansent mieux, forcément mais en fait, je nuance. Comme dirait quelqu'un que je connais bien, tout est dans la nuance.
Ici, le tango est partout, tout le temps et le niveau d'exigence, de connaissances techniques et culturelles est un cran au-dessus.
Par exemple, tout le monde comprend les paroles, forcément, ça change tout. Je vous encourage d'ailleurs à lire quelqu'uns de vos tangos préférés, de temps en temps, entre deux temps morts. Il existe plein de traduction sur le net ou dans la collection poésie/Gallimard. Ça prend deux minutes et ça permet de mieux se glisser dans la danse. Vous allez me répondre: oui mais, pas besoin de comprendre, on sent la musique... Ok, ok, vous sentez, mais comprendre, c'est pas mal aussi : ça ouvre de nouveaux horizons.
Ici, le tango se danse et se chante en famille; parfois (oh bonheur) on l'enseigne dans les écoles. Les bars s'appellent le coin d'Homero Mansi, Gardel, les rues portent des noms de compositeurs, les murs s'ornent de message au tango. Il y a des cours partout, des milongas aux quatre coins de la ville (tapez "milonga hoy Buenos Aires" sur votre moteur de recherche, juste pour le plaisir). On le respire comme on le vit et chacun à un lien avec lui, de loin ou de près. Il y a ceux qui l'adore et ceux qui en ont raz la casquette mais tout le monde peut en parler.
Quant au PLAISIR de danser, je rappelle à mes amies tangueras, qui au retour de leur voyage initiatique font la fine bouche et chouinent et rouscaillent, ah, les danseurs de Buenos Aires, c'est pas pareil et qui du coup vexent et fatiguent et se retrouvent assises pour la soirée derrière leur éventail (bien fait) que l'abrazo de nos danseurs européens est aussi celui qui nous permet de vivre le tango pleinement. Et que nous toutes, nous l'aimons cet abrazo et que nos danseurs comme nous en redemandent du Tango.
Danser, c'est une liberté. Danser, c'est un partage. Le tango est mondial, il prend des formes neuves, il se métamorphose sans cesse, il est en moi, il est en toi. C'est lui qui est venu te chercher, c'est lui qui t'a choisi. Alors vas-y, de Buenos Aires à Aubais, d'Aubais à Berlin, de la Dominguera à Barcelone en passant par Paris aux marches du palais, de l'Inde à l'Autriche, disfruta, profite, goûte le tango, aime danser avec ton prochain comme tu t'aimeras dansante. Le tango est généreux, il n'a pas de frontière et dans ce monde tout étriqué, c'est tout de même un vrai luxe.
A vos questions, je ne répondrai pas, donc. Je continuerai de danser.
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