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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

F.R.E.D.E.R.I.C

3 Octobre 2010 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

F.R.E.D.E.R.I.C

 

 

Il m’a dit, va au musée Fabre, ce vendredi, quatre heures pile, tu y vas, au musée et tu attends devant la vue du village. J’ai rien compris sur le coup. Il est où ton musée, j’ai dit ? Et la vue de quoi ?! Il a tout expliqué. Il est trop fort, le chef, toujours une idée neuve pour qu’on se fasse pas gauler.

Des comme lui, façon, yana pas trente-six. Il a le bac et deux ans de fac, je crois. Alors, forcément, ça le met au dessus de Pamiers.

Bon, je m’y suis pointé, au musée. Il m’avait dit, vas-y comme tu es, moi, je me serais habillé class, pantalon noir et tout mais il m’a dit, non, le musée, c’est pas l’opéra.

D’accord.

Donc, voilà, je m’y suis pointé. Ticket, s’vous plait, merci madame, je me sentais tout écrasé par l’entrée, les rayures, la pièce toute grise et noire, on aurait dit un centre commercial un peu chicoss mais j’avais pas vraiment le temps de mater l’endroit comme un touriste, j’avais du taff :

Fallait trouver l’étage, il m’avait dit lequel, et puis marcher dans les couloirs blancs, tellement blancs que j’avais peur de respirer trop fort, et puis le trouver le tablo.

Il m’a dit, tu peux pas te tromper. Un tableau d’un mètre trente sur quatre vingt neuf centimètres, avec une petite meuf d’avant en robe froufrou assise devant un pin et derrière elle, Castelnau le lez.

Ah, la vue du village, j’ai fait!

On y était et c’est vrai que je l’ai trouvé vite, c’est bizarre, comme si je l’avais déjà vu, ou bien rêvé, ou peut-être qu’ils l’avaient utilisé dans une pub, l’image?

Bon. J’y étais et en avance en plus.

J’ai regardé autour de moi et j’ai vu les gens comment ils faisaient, j’ai fait pareil. Regarder le tableau, croiser les bras derrière le dos, s’approcher, s’éloigner, j’ai fait tout pareil. Mais il me restait encore du temps.

Alors, j’ai croisé les bras sur mon ventre et j’ai attendu. Et je les ai vus arriver de loin. Le chef, il m’avait dit qu’il n’y en aurait qu’un. Un seul. Mais ils étaient deux. Pas la peine de faire un dessin, hein, on se connaît tous et si on se connaît pas, on se reconnaît toujours.

Le petit s’est approché de la Vue du Village. Il n’a pas regardé le tableau, le grand oui, mais pas lui. Le petit, il a maté autour de lui. C’était vraiment louche, aucun des deux ne semblait avoir le paquet. Pourtant, ça devait être un gros paquet, trois Desert Eagle calibre 50, ça se transporte pas dans une poche de veste en djinn. Je me suis planqué et j’ai tiré le premier.

Le trou dans le tableau, c’est pas moi. Je sais tirer, j’ai visé le bras du gros et je l’ai eu. C’est le petit qui a paniqué et il a tiré n’importe comment avec son Taurus, le même que le mien, c’est embêtant, pile dans La Vue du Village, la mignonne de la peinture s’est pris la balle en pleine tête, l’alarme s’est déclenchée,  les gens, évidemment criaient et puis, voilà, finalement comment on s’est fait gaulé.

A cause de moi, tout le réseau est tombé. M’ont fait parler, vaut mieux passer, pas fier, je suis. Les flics, eux, zétaient bien contents de choper toute la bande de Libération du Languedoc Libre. Le LLL qu’on s’appelle, les trois lettres de feu, mieux qu’Allah, dit toujours Walid, natif de Narbonne. Notre truc, c’est pas compliqué, on en a marre de dépendre des autres. On na rien à voir avec les parisiens, le président et les ministres, les banquiers et les journalistes sans accent. Nous, on veut autre chose : défendre notre terre, y créer nos propres lois. J’ai pas bien compris lesquelles, c’est le chef qui décide, fo le croire, lui, il sait.

Alors, forcément, ça m’a fait encore plus de peine quand ils m’ont dit, au poste, que le tablo, c’était un peintre d’ici très célèbre qui l’avait fait. Frédéric cakechose, j’ai pas retenu le nom. Et même, ils m’ont dit, qu’il était mort jeune, à la guerre. C’est pas juste, des fois quand même

AB.

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