- Vous aviez tout prémédité, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Et le vase en céramique noire, il était à
lui ?
- Non, je l’ai acheté pour l’occasion.
- Où l’avez-vous acheté ?
- Eh bien, au marché, à
Anduze, dans son village… pour le voyage en voiture, je l’ai bien protégé, dans plusieurs couches de papier. Du papier à bulles et puis beaucoup de papier journal.
-Vous avez voyagé toute la nuit, je pense ?
-
C’est exact. Vous savez, le trajet est très long jusqu’à Biarritz.
- Et le
corps ?
-Je l’ai transporté à l’arrière de la voiture, sur la banquette arrière, comme endormi. Le vase,
je l’ai mis sous le siège avant, bien protégé.
-Entier, le corps ?
- Oui, je n’y ai pas touché jusqu’à la maison.
- Vous
l’avez descendu de la voiture, seule ?
-Oui, seule.
-Mais, il était trop lourd pour vous, cet homme d’au moins quatre vingt kilos !
- A ce moment-là de son existence, non, il n’était plus d’aucun poids pour moi. Mort, je l’ai trouvé léger, c’est étrange,
non ?
- A quel âge ?...Quel âge aviez-vous lorsqu’il…
- Tous les Noël, de 6 à 13 ans. Plus tard et jusqu’à cette journée à Anduze, je l’ai épié, surveillé, contrôlé, il ne pouvait pas
m’échapper.
- Vous souriez ?
- Oui.
- Mais vous êtes
folle !
- Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je ne souffre plus.
- Pourquoi avez-vous brûlé le corps? Pourquoi avez-vous conservé les restes dans cette céramique
noire ?
- Les tueuses sont sentimentales, je suppose…
photographie Paul-Eli Rawnsley
reproduction: le nu bleu, Nicholas de Staël
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