Extraits 1
Laïd Bourhala est mort le 4 mars 1983. Sa tombe est belle à Lodève-en-Rivière, et de lui, je ne sais rien de plus.
*
Elle marche.
Poussée en avant, tout droit, dans le froufrou sonore des herbes hautes et touffues, elle marche. Elle avance avec une facilité qui la déconcerte mais dont elle se méfie, gardant à portée de main un peu de sa prudence et de ses doutes.
D’un pas vigoureux, elle fend la mer herbue, tout ce vert. Le vent tiède d’avril qui souffle doucement, dans son dos, la pousse encore un peu plus vite, toujours, en avant.
Elle avance et les tiges humides se
couchent. A peine son talon a-t-il quitté le sol, que les feuilles se relèvent et frissonnent et bruissent comme du papier froissé.
Extrait 2
Il y avait la faune habituelle, des gens sympathiques, colorés, et ma belle Deborah dans sa robe bleue à paillettes en
équilibre sur ses talons turquoise. Ses cheveux rouges riaient au soleil couchant. Les portes de l’atelier, un ancien garage, étaient largement ouvertes sur la rue, où les invités se déversaient,
verres à la main, dans des chemises à fleurs, des robes de couleurs très décolletés. La femme du peintre, furieusement belle, ressemblait à une toupie, enceinte de sept mois, dans sa combinaison
pantalon de lycra couleur parme. Un petit groupe dansait, d’un pied sur l’autre, mollement, au rythme des chansons de Barry White qui venait juste de mourir, cet
été-là.
(...) Sur les murs de l’atelier, les femmes sur les tableaux me jetaient des œillades qui en disaient long. Des brunes en bustier, des blondes plantureuses, des monstres bleus, des chiennes jaunes à gros seins nus. Dans un coin, les photos de Bruno Guardi me rappelaient des souvenirs récents et brûlants.
Extrait 3
Alors, le temps n’est plus dans la durée. Les saisons se mêlent, et de même les heures du jour et de la nuit. Au loin, s’approchent
des soldats d’autrefois, ceux des croisades les plus sanglantes mais aussi ceux d’Iran, d’Irak, d’Israël et de Palestine, des soldats grecs, des soldats allemands, des pétainistes déguisés, des
américains en treillis, des hommes armés du F.I.S, des dictateurs sud-américains, des terroristes kamikazes venus de partout à la fois, tous bien en rythme, tous bien d’accord, ils tapent du pied
en marchant sur les enfants photographiés et exposés, en sang, sur les murs blancs de nos musées. Des militaires pleins de médailles, tous en tenue, des centaines, assis autour de longues tables
à nappe blanche, rient à pleine bouche, filmés par des caméras ennemies, puis tous ensemble, ils explosent.
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