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Vie quotidienne 6

 

C’est un enfant. Il sort de l’école. Il est en 5ème. Il a onze ans et demi. Il est intelligent. Il fait des bêtises. Il est vif. Il sort de l’école et pour rire, parce qu’il veut pousser le bouchon trop loin, il place sur les rails du tram tout neuf son double décimètre en métal. Il trouverait drôle de voir la règle se plier.

 

S’il parvenait à plier la règle, peut-être la règle irait-elle dans son sens ?

 

Les deux amis qui l’accompagnent sont déjà pliés en deux, de rire, de l’ivresse du rire.

 

Mais la police nationale veille. Et l’œil d’un policier ne supporte pas l’insolence, l’intelligence, de cet enfant-là  qui désigne les défauts de la règle.

 

Qu’ils obéissent au doigt et à l’œil ces enfants qui se rient de nos règles et qu’ils aillent au Diable.

 

Les amis fuient, les rires font place à la course en avant, vite, vite, courir loin

 

Eh, face de Bamboula, va te nettoyer la figure ! Crie la police nationale à l’enfant.

 

Eh, toi, fils d’Algérien, ta connerie, elle est génétique ?! Hurle la police nationale à l’enfant.

 

Le soir, l’enfant revient dans sa famille, son deuil du rire le fait pencher en avant. Il a passé la journée au poste, en garde à vue, on lui a dit qu’il voulait tuer, qu’une règle sur un rail, c’est un danger de mort, on l’a giflé, on lui a rappelé qui était qui. Qui connaissait la règle.

 

De la poche de sa veste, dépasse le double décimètre de métal. Il sent le métal froid contre la paume de sa main.

 

Que va-t-il faire maintenant avec tout ce froid métallique sur le cœur ?



Pour N. et pour son fils

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  - Vous aviez tout prémédité, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Et le vase en céramique noire, il était à lui ?
- Non, je l’ai acheté pour l’occasion.
- Où l’avez-vous acheté ?
- Eh bien, au marché, à Anduze, dans son village… pour le voyage en voiture, je l’ai bien protégé, dans plusieurs couches de papier. Du papier à bulles et puis beaucoup de papier journal.
-Vous avez voyagé toute la nuit, je pense ?
- C’est exact. Vous savez, le trajet est très long jusqu’à Biarritz.
- Et le corps ?
-Je l’ai transporté à l’arrière de la voiture, sur la banquette arrière, comme endormi. Le vase, je l’ai mis sous le siège avant, bien protégé.
-Entier, le corps ?
- Oui, je n’y ai pas touché jusqu’à la maison.
- Vous l’avez descendu de la voiture, seule ?
-Oui, seule.
-Mais, il était trop lourd pour vous, cet homme d’au moins quatre vingt kilos !
- A ce moment-là de son existence, non, il n’était plus d’aucun poids pour moi. Mort, je l’ai trouvé léger, c’est étrange, non ?
- A quel âge ?...Quel âge aviez-vous lorsqu’il…
- Tous les Noël, de 6 à 13 ans. Plus tard et jusqu’à cette journée à Anduze, je l’ai épié, surveillé, contrôlé, il ne pouvait pas m’échapper.
- Vous souriez ?

- Oui.
- Mais vous êtes folle !
- Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je ne souffre plus.
- Pourquoi avez-vous brûlé le corps? Pourquoi avez-vous conservé les restes dans cette céramique noire ?
- Les tueuses sont sentimentales, je suppose…

 

  Nu rouge Reproduction artistique par Nicolas De Staël

  photographie Paul-Eli Rawnsley
reproduction: le nu bleu, Nicholas de Staël

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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