Grr…ahh…mmm…grra…ra…ra, ra  et ra…la ligne, aller à la ligne. Peau… Point. Point, plein de points, de poings, levés, de poings levés le texte peine le texte peine s’agite en moi désordonné…grrraa…j’y arrive pas, j’y arrive pas…image dans la tête : coincée…je veux dire O mon cœur, O mon âme, O mon corps, O mes pensées, OH…Oh….non !!! Noooonnn ! Pas de littérature de laboratoire, nooonnn ! Pas ça !! Du beau ! Du beau ! Du profond ! Du vraiment très fort madame, du joli, du qui fait bien passer le temps.

 

…au même moment dans un village.

 

Voix :?

Voix :?

Voix :?

 

Nooon ! Pas ça non plus !

 

Voix (fouillant dans ses poches ou dans un sac ou cherchant juste) : Attends, attends, attends, j’t dis, je cherche.

Voix : Si tu cherches, tu vas trouver.

Voix : Pas sûr.

Voix : Peut être

Voix : Peut être alors.

Voix : Eh bé moi, je veux juste dire que.

Voix : Que quoi ?

Voix : Que rien.

Voix : Ah, d’accord.

Voix : V’la autre chose.

Voix : Tu dirais pas n’importe quoi, là ?

 

La fille qui écrit le texte au téléphone à son éditeur (volutes des mains) : - si, si, si, et j’assume ! j’avais juste envie de taper sur les touches du clavier, que ça fasse des mots, que ça s’écrive tout seul sans moi, moi juste dans le claquement des touches.

 

Des voix, quelque part :

(- ouais, elle nous a déjà fait le coup du claquement des touches, dans son premier roman.

- Ça s’appelle comment ?

- Ah, non, ici pas de pub)

 

Retour au village :

 

Voix (fatiguée) : j’sais pas quoi dire. J’sais pas quoi faire. J’m’ennuie.

Voix (très fatiguée, voix qui baille) : aaahh !

 

Une mobylette passe. Les têtes la regardent passer. Voilà, les villages, c’est comme ça : on s’y ennuie vraiment énormément.


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Extraits 1 

Laïd Bourhala est mort le 4 mars 1983. Sa tombe est belle à Lodève-en-Rivière, et de lui, je ne sais rien de plus.

*

 

 Elle marche.

Poussée en avant, tout droit, dans le froufrou sonore des herbes hautes et touffues, elle marche. Elle avance avec une facilité qui la déconcerte mais dont elle se méfie, gardant à portée de main un peu de sa prudence et de ses doutes.

D’un pas vigoureux, elle fend la mer herbue, tout ce vert. Le vent tiède d’avril qui souffle doucement, dans son dos, la pousse encore un peu plus vite, toujours, en avant.

Elle avance et les tiges humides se couchent. A peine son talon a-t-il quitté le sol, que les feuilles se relèvent et frissonnent et bruissent comme du papier froissé. 



Extrait 2

 Il y avait la faune habituelle, des gens sympathiques, colorés, et ma belle Deborah dans sa robe bleue à paillettes en équilibre sur ses talons turquoise. Ses cheveux rouges riaient au soleil couchant. Les portes de l’atelier, un ancien garage, étaient largement ouvertes sur la rue, où les invités se déversaient, verres à la main, dans des chemises à fleurs, des robes de couleurs très décolletés. La femme du peintre, furieusement belle, ressemblait à une toupie, enceinte de sept mois, dans sa combinaison pantalon de lycra couleur parme. Un petit groupe dansait, d’un pied sur l’autre, mollement, au rythme des chansons de Barry White qui venait juste de mourir, cet été-là.

(...) Sur les murs de l’atelier, les femmes sur les tableaux  me jetaient des œillades qui en disaient long. Des brunes en bustier, des blondes plantureuses, des monstres bleus, des chiennes jaunes à gros seins nus. Dans un coin, les photos de Bruno Guardi me rappelaient des souvenirs récents et brûlants.



Extrait 3

Alors, le temps n’est plus dans la durée. Les saisons se mêlent, et de même les heures du jour et de la nuit. Au loin, s’approchent des soldats d’autrefois, ceux des croisades les plus sanglantes mais aussi ceux d’Iran, d’Irak, d’Israël et de Palestine, des soldats grecs, des soldats allemands, des pétainistes déguisés, des américains en treillis, des hommes armés du F.I.S, des dictateurs sud-américains, des terroristes kamikazes venus de partout à la fois, tous bien en rythme, tous bien d’accord, ils tapent du pied en marchant sur les enfants photographiés et exposés, en sang, sur les murs blancs de nos musées. Des militaires pleins de médailles, tous en tenue, des centaines, assis autour de longues tables à nappe blanche, rient à pleine bouche, filmés par des caméras ennemies, puis tous ensemble, ils explosent.

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