Traduction /translation of
Des poèmes
de Mohamed Metwalli Mohamed Metwalli's poems
He definitively belongs to the Avant-garde. His poems are published in the Egyptian revue "Locust". Mohamed Metwalli loves Whisky and women, his work is in total opposition with traditional love and passion poetry. He writes with vivid and colourful images about our modern world, full of sound and fury. He likes his poetry to be read without any kind of sentimental smirking, he prefers to read it with a tone of voice similar to the one we use to read a paper. Mohamed Metwalli est un poète égyptien, né en 1970. Il réside actuellement au Caire où il est traducteur pour la télévision (de l'arabe à l'anglais). Il écrit en arabe et s'autotraduit en anglais. J'ai eu l'occasion de traduire quelques uns de ses poèmes de l'anglais au français. Il est résolument dans l'avant garde égyptienne. Ses textes sont publiés par la revue égyptienne "LOCUST" (le criquet). Mohamed Metwalli, amateur de whisky et de femmes, s'oppose à la poésie traditionnelle arabe d'amour et de passion. Sa poésie est très colorée et s'empreigne du monde moderne, plein de bruits et de fureur. Il voudrait que ses poèmes soient lus sans afféterie sentimentale, plutôt avec le ton d'une lecture de journal. AB.
Untitled
Coats here take a number and go up to heaven.A line of overcoats fluttering among the clouds on an autumn Doomsday. The coats were left behind by their owners who spread out in the museum corridors. Or, to be more precise, They hung up their sins on these hooks, so they might feel better while staring at icons, pictures of crucifixion and baptism. And all the acquisitions of this theological museum. And, since I had to wait alone, in this significant room, I temporarily elected myself: Lord of the coats.
I crucified one, skewered another, and pinned a flower on a third, after assigning each a name, age and degree of culture, depending on the difference in their appearance, fashion and taste. For I, being an established god in this room, concerned myself only with refined taste and self-esteem, regardless of the embarrasment caused by a hole in an armpit, for example, a strategic button missing on a pocket, or the slit in the back going all the way up to the neck. I was liked by many intelligent coats, and even the ones that didn’t like me understood the point of my autocracy. That’s why I gave a sly smile while handing each guest his coat imagining how far their relationship would change.
Mohamed Metwalli, New York 26/10/1997
Sans titre
Ici les manteaux prennent un numéro et montent au ciel. Les pardessus tous alignés battent des ailes parmi les nuages. Un jour d’automne malheureux comme un jugement dernier, avant de se disperser dans les couloirs du musée, les propriétaires se sont défaits de leurs manteaux. Ou, pour être plus précis, les propriétaires se sont défaits de leurs péchés qu’ils ont suspendus à ces crochets pour se sentir plus à l’aise pendant qu’ils observaient les icônes, les représentations de crucifixion et de baptême, ainsi que toutes les acquisitions de ce musée des religions. Et comme il me fallait attendre seul dans cette pièce de haute importance, temporairement, je me suis moi-même élu: Dieu des manteaux.
J’en ai crucifié un, embroché un autre. J’ai épinglé une fleur sur un troisième après avoir donné à chacun un nom, un âge, un niveau culturel, en fonction des différences entre leur apparence, leur style et leur goût. Car moi, régnant comme un Dieu dans cet endroit, je ne m’intéressai qu’au raffinement et à l’estime de soi sans me préoccuper de la gêne causée par un trou à l’aisselle, par exemple, ou la perte d’un bouton stratégique sur une poche, ou la fente du dos montant jusqu’à la nuque. Nombreux m’aimaient parmi les manteaux intelligents, et même ceux qui ne m’appréciaient pas comprenaient le bien-fondé de mon autocratie. C’est la raison pour laquelle, en rendant son manteau à chaque propriétaire, je souriais d’un air entendu imaginant à quel point leurs relations allaient changer.
Mohamed Metwalli, New York 26/10/1997
Traduction Anne Bourrel
La faucheuse solitaire
Si j'avais été l'un des contemporains impressionnistes de La faucheuse solitaire de Wordsworth, moi, je l'aurais représentée d’un seul coup de pinceau rouge,
Au centre d'une étendue imprécise de petits points verts, un peu jaunissants sous le soleil levant.
Les traits du visage nettement dessinés et soulignés par son maquillage, indispensable à cet âge, la faucheuse est aujourd'hui assise -toujours solitaire- dans un café en ville où elle embrasse avec une sensualité contenue un jeune intellectuel.
Elle s'excuse ensuite un instant pour affronter le miroir, aux toilettes pour dames, et elle
Remet du rouge à lèvres au milieu de son visage
qui ressemble à la surface ridée d'un café turc léger.
Dans sa vie, ce moment est crucial
Puisque, rassurée quant à sa propre beauté, elle pense à ce qu’elle dira à ce jeune homme, là-bas, pour défendre les opinions qu’elle a exprimées dans son nouvel ouvrage qui traite du fossé des générations du point de vue des classes et de l'économie.
Alors pour se sentir plus à l'aise pendant la conversation envisagée,
Elle baisse son jean et se débarrasse de ce qui lui reste de bière, assise sur les toilettes.
Ses cuisses, je voudrais bien ne pas avoir à dire ça, ses cuisses sont piteusement flasques, mais, vraiment, je ne voudrais pas paraître insensible.
Dans ma vie aussi, c'est un moment très important :
J’ai toujours cru que la solitude de la faucheuse de Wordsworth était bien différente de celle de ma faucheuse à moi.
Mais est-ce que par exemple la faucheuse originale -allez Wordsworth !- n'a jamais pissé ou chié dans son fameux champ ?
Est-ce que ce qu’elle mangeait ne lui restait pas coincé entre ses belles dents blanches comme ça arrive souvent à ma faucheuse à moi au cours de discussions littéraires enflammées, quand elle déjeune avec un jeune intellectuel
Et est-ce que ses pieds nus n'ont pas été souillés de fumier
Pour mettre en valeur innocence et exubérance
Est-ce que sa drôle de faucille ne ressemble pas plus ou moins à la boîte à maquillage de ma faucheuse à moi ?
Combien n'a-t-elle pas désiré cet homme d'âge mûr
Avec son énorme moustache, son visage impressionnant et ses vêtements, qui choisis pour le faire paraître plus jeune, lui donnent belle allure.
Il a soudainement foncé dans le bar et on aurait dit une idée lumineuse qui atterrit comme une fléchette au beau milieu d'un roman ennuyeux.
Elle habite avec sa fille -toutes les deux seules bien sûr- dans un immeuble du centre ville et sa fille s’est occupée de ce même jeune intellectuel, et ils ont commencé à s’entendre, d'une manière qui a offensé la morale de ma faucheuse,
Alors après quelques whiskies, elle a préféré s'allonger sur son lit,
Fenêtre ouverte sur un croissant de lune et un ciel nuageux,
Espérant que l'homme d'âge mûr à moustache vienne la rejoindre, et tuant le temps en imitant
En attendant, la fille et le jeune homme se sont enfilés toute une bouteille et se sont imaginés comment se débarrasser de la présence inhibante de la mère.
C'est cruel ! C'est monstrueux et insensible !
Je le leur dis, moi, et je frappe leur poitrine de mes deux poings et je les regarde avec les yeux mi-clos.
En vérité, ils ont vraiment songé à la tuer et à balancer son corps maculé de sang
Au beau milieu d'un champ.
Mohamed Metwalli, Le Caire, Juin 1997
Traduction Anne Bourrel, juillet 2002, festival des voix de
The Solitary Reaper
Wordworth's ‘Solitary Reaper’
And which, if I had been one of his Impressionistic contemporaries,
I would have replaced with a single red brushstroke
Amid a vague expanse of green dots
Turned shyly yellowish by a sun about to rise.
That reaper is sitting these days
-solitary still- with sharply defined features
Outlined by cosmetics – which become mandatory at her age -
At a downtown café
With repressed sensuality kissing some young intellectual
Before excusing herself for a few moments and going to face the mirror in the Ladies’
To adjust the lipstick in the center of her face
That resembles the skin on top of light Turkish coffee with a few wrinkles
It’s a crucial moment in her life
When she can reassure herself of her beauty and think of something to say to the young man outside in defense of the opinions expressed in her new treatise
Emphasizing the generation gap from a class and economic perspective
And so as to feel more at ease during the expected conversation
She has pulled down her jeans to get rid of the remains of the beer
Sitting on the toilet with thighs which I don’t want to say are pitifully flabby, so as not to seem callous –
It’s a crucial moment in my life too
Because I have always thought that the solitariness of Wordworth's reaper
Is rather different from my reaper’s
Didn’t the original reaper – come on, Wordsworth! – piss or shit in the field, for example,
Didn’t food get stuck in between her bright teeth, as usually happens to my reaper during heated literary arguments over lunch with a young intellectual,
And didn’t her bare feet get stained with manure
To signify innocence and exuberance,
And was her sickle more or less different from my reaper’s makeup box?
How she desired that middle-aged man,
With an immense moustache,
Whose face and clothes, chosen to make him look younger, carry an impressive aspect.
He dashed into the bar suddenly, as a bright idea lands like a dart into the heart of a boring novel.
And because she lives with her daughter – on their own of course – in a building, also downtown
And because her daughter had entertained the same young intellectual and they had started to get along in a way that offended the reaper’s decency after a few whiskies
She preferred to lie on her bed,
Leaving the window open, with its view of a partial moon and a cloudy sky, waiting for the middle-aged man with the moustache to descend upon her, passing the time by impersonating the Solitary Reaper
Meanwhile, the daughter and the young man had polished off the bottle and started to think about getting rid of the mother’s inhibiting presence
How cruel, how monstrous and callous!
I say this pounding their chests with both fists
And looking at them with half-shut eyes
To tell the truth,
They have actually considered killing her
And dumping her bloodstained body
In the middle of some field!
Mohamed Metwalli, Cairo, June 18, 1997
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