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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres

Rencontre au 17 bis

28 Octobre 2014 , Rédigé par anne bourrel écrivain pop

Rencontre au 17 bis

 

 

Pour G.R et Abdenbi O.

 

-1-

Il l’avait voulue.
La bouche d’Angelina Jolie, le visage d’Ashley Judd, les rondeurs de Jennifer Lopez, la peau café d’une chanson de Gainsbourg, tout y était. Il l’avait voulue et il l’avait.
Elle dormait, un bras replié sous sa chevelure brésilienne. Elle n’était pas nue, il aurait rêvé qu’elle le soit. Tailleur gris clair, italien sans doute. Ceinture noire douloureusement fine autour de la taille, bassin méditerranéen.
Il attendait qu’elle ouvre les yeux, dont il connaissait la couleur par cœur. Il attendait d’entendre sa voix parce qu’il la savait douce et sucrée.
Nu, lui, il l’était. Pas la peine de s’habiller, il se disait, on va s’aimer, bien sûr, puisque c’est elle que j’attendais. Il souriait, très content, tout en se caressant la barbe, il aimait quand les choses prenaient un tour logique et bien adapté.

-2-

Il a attendu et attendu, attendu encore et elle ne se réveillait toujours pas. Il a bien fallu qu’il passe dans la salle de bain. Il a pris une douche. De temps en temps, il fermait l’eau et écoutait le silence. Rien ne bougeait, elle dormait encore.

-3-

Quand il est revenu dans la chambre, elle se tenait devant la fenêtre. Il aurait aimé se couvrir mais elle s’est retournée vers lui dès qu’elle a entendu ses pas sur le carrelage. Il a à peine eu le temps de mettre ses mains en footballeur.
Elle l’a regardé de haut en bas, calmement, elle prenait son temps, elle n’avait pas l’air étonnée. Lui, il souriait, pas très à l’aise. Il s’en voulait de se présenter comme ça devant elle, il s’en voulait de ne pas savoir quoi dire, il s’en voulait encore plus d’avoir raté son réveil. Il a à peine pris le temps de remarquer la couleur de ses yeux: ce brun profond qu’il aimait depuis toujours. Il sentit s’ouvrir devant lui tout un avenir possible. Sur sa langue, pétillaient des étoiles.

-4-

Elle, elle le regardait, calmement, elle prenait son temps. Elle scrutait ses yeux et toute sa présence pour lire qui il était. Il la laissait faire. Elle avait voulu qu’il se présente à elle sans masque, sans fard et avec le plus de simplicité possible. Sincère et droit, il l’était. Rêveur aussi et passionné et excentrique, rieur, moqueur, rageur, amuseur, sérieux et grave.
C’était bien ça. Plus elle lisait son viasge, ses yeux, sa peau, et plus elle le reconnaissait.
C’était bien lui, l’homme poète, rien ne l’arrêterait maintenant, elle l’avait voulu et elle l’avait.

 

Illustration : aaron siskind

texte publié dans la revue Funambule

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