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Anne Bourrel, auteur La Manufacture de livres
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Ode à l'ami qui m'a donné les clés

30 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

Ode à l'ami qui m'a donné les clés

Marcos a dans sa tête le dessin complet de Buenos Aires, le centre il le connait comme sa poche. Quand on appelle un taxi ou un Uber, c'est lui qui explique le chemin plus vite que le GPS.

Parfois, comme il y a très longtemps, quand dans le métro s'allumait le chemin que l'on voulait parcourir, sur ces tables-cartes que l'on trouvait alors aux entrées, je vois son front clignoter. A Paris, je m'en souviens encore, il suffisait d'appuyer sur un bouton et hop, le chemin à faire s'éclairait. Marcos, c'est comme ça dans son cerveau. Il y a une carte dedans. Une carte de Buenos Aires. C'est très impressionnant de voir les petites lumières tracer le chemin. On les voit aussi un peu dans ses yeux. Oh, ça dure une seconde, deux, tout au plus. Il faut être très rapide pour percevoir le tracé du cerveau de Marcos et ce n'est qu'au bout de trois semaines et quatre jours que je peux dire avec certitude qu'il possède ce don incroyable. 

Alors on donne une adresse, n'importe laquelle, et hop, cerveau s'éclaire, petit chemin de lumières rouges et vertes, et hop, Marcos vous dit à la seconde où attendre le taxi, à  quel croisement, sur quel côté de l'avenue vous devez être. Et le plus incroyable, c'est qu'il sait aussi ce que vous pourriez faire dans le quartier, avant, après le rendez-vous parce que dans sa carte mentale, il y a aussi les icônes restaurants, cafés, milongas. 

Marcos aime sa ville dans laquelle il vit depuis l'âge de trois ans, la richesse de sa culture, le tango et il partage.

Il y a très peu de gens sur terre qui sont aussi généreux que Marcos. Offrir sa ville. Danser patiemment avec moi jusqu'à ce que le tango me vienne un peu. Expliquer les mots. Répéter, proposer, montrer, présenter les amies, partager, protéger (tu peux aller de ce côté-ci la nuit, mais jamais de ce côté-là....). 

Le tango, dit-il, ce n'est pas seulement aller à la milonga, prendre des cours, c'est laisser infuser en soi tout le reste: la vie des gens, la vie d'ici. Je ne saurais dire mieux.

Grâce à lui, que j'ai rencontré il y a deux ans à la toute fin de mon premier voyage à Buenos Aires et avec qui j'ai découvert aussi les milongas de Berlin, je peux désormais m'enfoncer dans la ville jusqu'à la sentir partout en dedans de moi. La ville me gagne, s'offre à moi, des portes s'ouvrent, des espaces nouveaux se créent. Et cela ne fait que commencer. 

Marcos m'a offert les clés de Buenos Aires y le agradesco con un abrazo grande. Nunca olvidaré.

 

 

 

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El tango d'ici et d'ailleurs

27 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

El tango d'ici et d'ailleurs

Alors, le tango? Ils dansent mieux que chez nous, pas vrai? Je sais qu'au retour, mille fois, j'entendrai la question...Alors, comment dire? Cela dépend des endroits, des milongas, des horaires, des ambiances. Parfois, je me retrouve entourée de quasi professionnels et complètement dépassées par les évènements, parfois, je rencontre des manières de danser connues, plus faciles, moins rapides et moins techniques.

Au tout début de mon séjour, j'aurais dit, oui, ils dansent mieux, forcément mais en fait, je nuance. Comme dirait quelqu'un que je connais bien, tout est dans la nuance. 

Ici, le tango est partout, tout le temps et le niveau d'exigence, de connaissances techniques et culturelles est un cran au-dessus.

Par exemple, tout le monde comprend les paroles, forcément, ça change tout. Je vous encourage d'ailleurs à lire quelqu'uns de vos tangos préférés, de temps en temps, entre deux temps morts. Il existe plein de traduction sur le net ou dans la collection poésie/Gallimard. Ça prend deux minutes et ça permet de mieux se glisser dans la danse. Vous allez me répondre: oui mais, pas besoin de comprendre, on sent la musique... Ok, ok, vous sentez, mais comprendre, c'est pas mal aussi : ça ouvre de nouveaux horizons.

Ici, le tango se danse et se chante en famille; parfois (oh bonheur) on l'enseigne dans les écoles. Les bars s'appellent le coin d'Homero Mansi, Gardel, les rues portent des noms de compositeurs, les murs s'ornent de message au tango. Il y a des cours partout, des milongas aux quatre coins de la ville (tapez "milonga hoy Buenos Aires" sur votre moteur de recherche, juste pour le plaisir). On le respire comme on le vit et chacun à un lien avec lui, de loin ou de près. Il y a ceux qui l'adore et ceux qui en ont raz la casquette mais tout le monde peut en parler.

Quant au PLAISIR de danser, je rappelle à mes amies tangueras, qui au retour de leur voyage initiatique font la fine bouche et chouinent et rouscaillent, ah, les danseurs de Buenos Aires, c'est pas pareil et qui du coup vexent et fatiguent et se retrouvent assises pour la soirée derrière leur éventail (bien fait) que l'abrazo de nos danseurs européens est aussi celui qui nous permet de vivre le tango pleinement. Et que nous toutes, nous l'aimons cet abrazo et que nos danseurs comme nous en redemandent du Tango.

Danser, c'est une liberté. Danser, c'est un partage. Le tango est mondial, il prend des formes neuves, il se métamorphose sans cesse, il est en moi, il est en toi. C'est lui qui est venu te chercher, c'est lui qui t'a choisi. Alors vas-y, de Buenos Aires à Aubais, d'Aubais à Berlin, de la Dominguera à Barcelone en passant par Paris aux marches du palais, de l'Inde à l'Autriche, disfruta, profite, goûte le tango, aime danser avec ton prochain comme tu t'aimeras dansante. Le tango est généreux, il n'a pas de frontière et dans ce monde tout étriqué, c'est tout de même un vrai luxe.

A vos questions, je ne répondrai pas, donc. Je continuerai de danser.

 

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Voyage au Japon et retour

25 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

Voyager...qu'est-ce que cela signifie? Pour moi, ce n'est pas aller vérifier les lieux où le monde entier en voyage défile, ce n'est pas arpenter toutes les rues d'une ville jusqu'à épuisement, non, ce serait plutôt me laisser glisser dans la vie quotidienne, la vivre ailleurs, la refaire avec d'autres codes et d'autres habitudes. 

Ainsi, cette après-midi très chaude de printemps, je me suis assise sur un banc au Japon. Je veux dire, dans les jardins Japonais de Buenos Aires. J'ai passé des heures sur un banc, puis sur un autre et encore un autre à me laisser envahir par les paysages tracés en l'honneur de l'empereur venu visiter l'Argentine. C'était en 1967.

Je craignais de n'y trouver que des touristes et c'est vrai que j'ai entendu pas mal de brésiliens, des américains du sud venus d'autres pays, qu'une américaine du nord m'a raconté tous les pays où elle avait habité, en anglais, sans sommation. J'aurais pu ne rien comprendre, ça aurait été pareil, la dame blonde en combi-short blanc était lancée dans son monologue, en roue libre...ça aussi, c'est le voyage, se retrouver à Buenos Aires à écouter des inconnus vous expliquer la pêche en Chine, et comment on met une lampe autour du cou d'une sorte de canard, il chope le poisson et le pêcheur le lui pique à son tour. Hop. Et bonne journée. Have a good day.

J'ai aussi partagé mes bancs de jardins japonais avec des porteños, des habitants de Buenos Aires, venus comme moi, se mettre au calme et au vert pendant quelques heures. Doux apaisement des jardins, des carpes qui ondulent dans les lacs miroirs. 

Des enfants des écoles sont venus pépiller. Une mannequin de mode était prise en photo. La vie, quoi, au Jardin japonais.

Je suis rentrée en taxi. J'aime beaucoup les taxis; ce sont les premiers à donner les clés d'un pays. A l'aller, le chauffeur m'a dit au bout de 50 mètres que je n'étais pas dans le bon sens. Il m'a proposé de descendre, il n'y aurait rien à payer : ça arrive de se tromper, traverse la route, et de l'autre côté, tu prends un autre taxi, c'est direct. Sinon, il va falloir que je te fasse faire tout un tour, ça va te couter trop cher, amor.

Le suivant m'a dit que le tango de Discepolo, Cabalache, était selon lui celui qui décrivait le mieux les argentins et le taxi du retour m'a raconté avoir vécu trois années en Grèce où il a appris la langue. Il a vécu aussi en Bulgarie. Il m'a emmené chez Pépé Lopez, l'inénarrable José, qui me fait bien marrer à chacune de mes visites. C'est lui qui fabrique les chaussures de tango. 

Au beau milieu des talons colorés, des vêtements de tango made in China, il aime philosopher, imaginer la vie sur Mars et disserter sur la disparition des Cromagnons. On ne s'ennuie jamais avec Pépé et l'achat d'une paire de chaussures, sur mesure, se fait en plusieurs conversations d'après-midi remplie d'éclats de rire. Viva Pépé!

Voilà...c'est bientôt l'heure de la milonga du vendredi soir...d'autres aventures, d'autres conversations, d'autres heures argentines...

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Cendrillon à la milonga

23 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

Non, pas ce soir! Pas aujourd'hui! Pas maintenant, là, alors que je rentre d'une longue promenade au hasard de la ville, la porte de ma chambre fermée et ma robe pour ce soir de l'autre côté, c'est pas possible, je peux pas aller au théâtre Colon en baskets et t-shirt. Je tourne la poignée dans tous les sens, je passe par la terrasse, la baie vitrée est fermée. Je suis bloquée dans le salon, je jure en trois langues au moins, là j'aimerais vraiment en savoir d'autres, je secoue la poignée de la porte, je la tourne dans tous les sens, encore ; la concha, que faire? Téléphoner. Merci Alexander Bell et Elisha Gray, merci, téléphoner à la propriétaire, ma voix a l'air plus paniquée que je ne suis, en deux temps trois mouvements, ça se dénoue, ouf : la clé dans le tiroir? Où ça? Ah, oui, ok, yes, si, oui, génial, mais pourquoi tu m'as pas dit que la porte se verrouillait toute seule, Marisu, por favor ?! 

Bon, pas grave, faut foncer maintenant, théâtre Colon, on a dit. Rendez-vous à 19h15 et 30 secondes, j'y serai pas. Flute. Tout faire vite, une douche, sauter dans la robe, enfiler les bas, les chaussures, repartir dans la rue -Mais c'est quoi ces embouteillages, là? Des bagnoles noires et jaunes dans tous les sens. J'ai plus le temps d'y aller à pied. Enfin, en baskets, c'était jouable mais en talons dorés, no way. Je remonte Corboba, l'avenue Cordoba qui mène direct à l'obélisque, direct au théâtre. La circulation se fluidifie, optimiste, je hèle. Holà, como estas? Tout va bien. Tout va très bien. Oui mais voilà, 500 m plus loin, ça bloque, je suffoque. Le chauffeur se retourne, il sourie, ses cheveux noirs taillés à la playmobil, il m'annonce: le football.

Oh misère. Le football. Une question d'état, il rajoute aimable, alors que je boue d'impatience parce que mon copain Marcos rigole pas avec l'heure, c'est son côté suisse allemand. Faut que mon pote soit le seul argentin du monde entier des argentins à considérer la ponctualité comme un sujet sérieux. Ok. La porte auto-verrouillée, le football. 

Le chauffeur compréhensif, fait de son mieux pour qu'on arrive à l'heure, coûte que coûte : c'est à dire qu'au milieu des embouteillages, il klaxonne. Ça fait pas avancer mais ça maintient bien motivés. 

- Qui joue ce soir?

- Retiro-Boca.

- Ah.

- Ils vont descendre dans la rue et envahir la place dans quelques heures. Les uns, ou bien les autres, on ne sait pas encore, annonce le chauffeur en rigolant pendant qu'irrémédiablement passent les 19 heures 15 minutes et 30 secondes.

Je donne les sous et je saute dans la rue? j'y vais en courant? 

Mais d'un coup, ça se libère. Le chauffeur accélère puissamment, fier de sa petite bagnole, dans la précipitation, j'ai pas regardé la marque, et me voilà ENFIN rendue. 

On se retrouve au Petit Colon, le bar chic où les serveurs ne font pas la gueule (c'est pas comme en France ici  où quand c'est chic, on prend tous cet air que je déteste, faussement détaché, la bouche tendue, le cou raide - tu vois ce que je veux dire?).  

Je pose le pied au Petit Colon à 19heures 38 et une poignées de seconde. Marcos pousse la porte de l'entrée opposée. Ouf, lui aussi en retard, un client, le football. On a le temps pour un verre, un selfie et hop :

Théâtre Colon, volutes de pierres et ferronneries élégantes pour ce bâtiment énorme, gigantesque, majuscule. Ce soir, c'est Cendrillon. Des billets trouvés en deux tours de passe-passe dans une des baignoires, merci mille fois pour tout, un grand grand merci et la magie du lieu est à couper le souffle. Nos amies de baignoire sont deux soeurs d'une quarante d'années tout à fait identiques et sympathiques. Dans la baignoire d'à côté Paloma Herrera, la directrice du ballet, votée l'une des dix meilleures danseuses classiques au monde, ça m'impressionne, sourie en robe noire à tous ceux, connus ou inconnus, qui viennent la saluer et se laisse photographier au bras de tous ces gens et distribue même des baisers, un à la fois, un par joue droite, à l'Argentine. T'imagine le directeur de l'opéra de Paris te claquer la bise à l'entracte d'une représentation?

Ces dorures et tout ce velours rouge, quel contracte avec la grillade de dimanche. Je pense à mes grand-parents venus du fin fond de l'Aude à l'opéra de Paris dans les années cinquante (c'est une autre longue histoire) et aux bérets basques d'Uribelarrea, Marcos s'amuse à me le faire répéter, forcément tous ces R qui roulent, c'est pas commode.

Et le rideau se lève. Danse impeccable. scénographie d'album pour enfants. Musique Prokofiev. Le temps est suspendu. Les enfants rient aux pitreries des deux danseurs qui jouent les rôles des soeurs de Cendrillon et s'émerveillent comme nous lorsque sur ses pointes, Cendrillon s'élève et tourne. Ses jambes et ses bras sont de coton. Sont-elles humaines, toutes ces poupées ? 

La citrouille se changent en carrosse, ces chevaux me plaisent avec leur crinière à paillettes et leurs bottes frangées. C'est joli, kitsch et hypnotisant.  Les deux heures, non trois, passent à la vitesse d'un rêve. 

Petit Colon, Theatro Colon...il reste une troisième étape incontournable: l'Edelweiss. Nous y allons en troupe. Tous, nous avons les yeux qui brillent. Toutes ses couleurs, ses pas de bourrées, ses sauts de chat et grands jetés exécutés avec tant de grâce, nous allège des nos journées, de nos drames, de nos efforts, de nos inconforts et nous allons d'un pas sautillant au restaurant croquer des poissons espagnols, des petits pois français et des pommes de terre anglaises (à la vapeur). 

La soirée pourrait s'arrêter là et les taxis nous ramener dans nos maisons mais ici, c'est la ville où personne ne dort jamais. Et c'est à la milonga que nous poursuivons. 

El Beso, le soir, n'a plus rien à voir avec El Beso la journée. L'après-mdi c'est le Tango papis endiablés et touristes du monde entier (même un néo-zélandais). Et le soir, quand les Cachirulo, ce couple almodovaresque organise, c'est jeunesse tanguera et beaucoup de professionnels. Un niveau de folie. Quand je ne danse pas, je regarde, je voudrais entrer dans les corps de ces femmes pour m'approprier enfin le geste juste. Je les regarde et je ne sais plus rien et il me faut tout réapprendre, encore une fois, tout réapprendre, tout recommencer.

 

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Grillades

21 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

 Menés par le bout du nez depuis  l'autoroute de Cañuelas, jusqu'aux grillades du dimanche, nous arrivons à Uribelarra affamés par les perspectives. Des voitures délavées, aussi anciennes que mes souvenirs d'enfance en Renault 12 sur d'autres routes et d'autres autoroutes, nous accueillent en cahotant dans les nids de poule sous le regard d'un petit âne un peu triste; lui aussi sans doute à l'âme bandonéon. Il vient de voir passer Malena dans une de ces bagnoles, un Dodge bleu mer oubliée, reggaeton à fond les ballons, la renégate. 

Les restaurants sont alignés comme les vaches noires dans la pampa que l'on vient de traverser. On les y retrouve fumantes et toutes découpées. Mes pieds dans la voiture côté passager dansent la Chacarera d'hier soir, pour ne pas oublier, rien oublier, rien, aucune danse, aucune image, aucun rire de mes compagnons de voyages, ces amours, comme on dit ici, Marcos et Celeste.

Marcos, j'ai dansé avec lui il y deux ans lors de mon premier voyage à Buenos Aires. C'était l'été et il se tenait près d'un immense ventilateur. Un coup d'oeil complices et l'abrazo étoilé, cette magie de la reconnaissance, un coup de foudre amical et depuis, de milonga  en milonga, nous sommes amis. Amis pour la vie. Nous avons une grande histoire de partage maintenant. Les choses simples, il n'y a pas mieux. Celeste, je la connais depuis le matin. C'est une tornade de mots, de rire, d'idées qui fusent. Entente immédiate. Nous serons trois indissociables pour cette journée cinématographique.

La grillade à partager est servie sur un petit plat de bois qui rappelle les plateaux dans les sushis bars. Mais ici, pas de poisson léger. De la viande, forte et savoureuse, bien cuite, paysanne. Des papas frites, des salades dont les couleurs éclatent dans le gris intégral de cette journée sans soleil - oui, mais le soleil, on se le refait à nous trois.

 Uribelarrea a été fondée par des basques français,  il y a un siècle et demie, et ça se voit, les hommes portent encore le béret, le grand béret basque rouge ou noir. Le fils du patron du restaurant que nous avons choisi est d'origine galicienne revendiquée. Je reconnais ces visages, je sais qui ils sont. 

Dans le restaurant, le sol est fait de cailloux gris ; un parterre de graviers pour la salle à manger. C'est très joli ce rideaux de coton fleuri orange, délavé comme la carrosserie des voitures, pour passer côté toilettes. Tout est rustique, à l'opposé des élégances de la capitale. J'aime aussi, autant le dire.

Dans une vielle maison abandonnée qui me rappelle Cent ans de Solitude, nous nous inventons propriétaires. J'ai la clé. Je suis d'ici. D'ici comme d'ailleurs. Le monde m'appartient, Celeste et Marcos cette après-midi me l'ont offert.

Je viens de me souvenir pourquoi j'ai pris un billet d'avion en juillet dernier et mesurant le chemin parcouru depuis, je souris intérieurement aux forces qui m'habitent. 

Dans la voiture, nous écoutons du tango bien sûr et Argentino Ledesmas, du rap burkinabé, du rock national et Abel Pintos, le chouchou variétoche romantique.

 Nous rentrons alors que la nuit doucement nous accueille. Les gratte-ciels illuminées, les vagues de rouges des voitures neuves. Tout brille, la nuit à Buenos Aires.

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Prenons le paradis

19 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

 

Leçon à l'usage de nos petits pays: ici, en Argentine, tout étranger est le bienvenu.

Je peux si je le souhaite m'inscrire à la faculté de lettres et terminer mon doctorat sans que cela ne gêne personne et sans avoir à payer quoique ce soit. Un vénézuélien fuyant la déplorable situation économique de son pays peut faire de même.

Emigrer est un droit. Le pays, depuis les premiers temps du dix-neuvième siècle qui a vu défiler des moitiés d'Italie et quasiment tout un pays basque continue à rester ouvert à l'extérieur. Toutes les populations, ça veut dire aussi les nazis d'après la guerre, on le sait bien, les européens le soulignent bien assez en ricanant, mais tout système a ses défauts. Ne regardons pour une fois que la valeur humaniste de ce pays de l'abrazo.

Ici, tout le monde reçoit tout le monde, bras ouverts. Je veux dire que ça se sent, ça se perçoit, ça se vit. Deux heures que je connais Leandra et elle me serre très fort dans ses bras comme une mère qui part pour dix ans à la guerre dans des vallées perdues. J'essaye de lui rendre la même chaleureuse amitié, moi, l'Européenne qui ait appris de manière implicite à toujours me tenir à un bras de mon interlocuteur. Et encore, je ne suis pas Anglaise! je me souviens dans la cours de récréation d'un lycée, quand j'étais prof à Londres, un espagnol et une anglaise en discussion: l'Espagnol s'approchait à mesure que l'Anglaise s'éloignait, tous deux gardaient les pieds collés au sol. Elle a finit le dos creusé, la nuque raide, alors que lui allait vers l'horizontale. Un vrai ballet.

Ici, il y a une bienveillance, un souci de l'autre que je n'ai jamais expérimentée en Europe. On se sourit avec gentillesse. On se parle sans se connaître, à la moindre occasion. Je ne dis pas que tout est rose sous la bannière blanche et bleue, non. Je sais la violence des faubourgs, la misère est visible aux coins des rues -comme chez nous, des familles à la rue-, je sais que ça cogne dur dans les rues sombres, la nuit...

...et que la vie est difficile avec tout qui augmente sans cesse. Partout, on ne me parle que de la cherté des produits. Se nourrir, se vêtir, tout coûte de plus en plus. L'inflation galope, le peso chute. Ce qui coutait 300 pesos il y a dix ans, en vaut 3000, voire 4000. Alors, bien sûr, l'Européen et l'Américain peuvent se payer du bon temps. On mange dans un restaurant luxueux pour 1000 pesos,  46 euros, ce qui équivaut aussi à la somme pour 4 jours de courses, on prend des taxis à 150 pesos soit 7 euros pour aller d'un bout à l'autre de la ville. Et les chaussures de danse, en cuir, valent moitié prix, 60 euros pour les plus belles...Des sommes qu'il me faut vérifier plusieurs fois pour y croire. Car ce qui est étrange, c'est que Buenos Aires ressemble en tous points à l'Europe. On pourrait se croire à Madrid, habitudes de vie, visages, architecture comparables mais pourtant c'est une économie du tiers monde. 

L'argentine est aussi le pays qui se porte le mieux en Amérique du sud et qui a le meilleur sytème de protection sociale. Education et soins sont gratuits pour tous. 

J'espère sans trop y croire que les élections du 27 octobre prochain apporteront un changement radical et que le pays retrouvera une nouvelle période faste car tout est toujours possible...

Besos y abrazo fuerte.

 

 

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Jour férié

15 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

Jour férié

Le 12 octobre est un jour de fête en Argentine et partout ailleurs dans les Amériques. El dia de la Raza", "la journée de la race" a été rebaptisé "el dia de la diversitad" sous le gouvernement de Cristina Fernandez Kirchner  - Pour rappel, la race est un concept éculé: il n'y a qu'une seule race humaine sur cette planète. La race est un concept social servant à classifier et soumettre et contrôler. 

Ce jour de la diversité a donc été mis en place en 1917 pour marquer la date à laquelle Christophe Colomb aurait découvert l'Amérique. Chacun sait qu'elle était là avant lui, l'Amérique, et qu'il ne l'a pas à proprement parlée découverte mais réellement envahie et colonisée - coloniser n'est pas étymologiquement un verbe issu de Colomb bien qu'on pourrait l'imaginer, comme si Cristobal en naissant avait eu pour seul destin d'ajouter un degré supplémentaire de barbarie à ce monde ; cela bien sûr si l'on croit au destin, ce que personne n'a jamais prouvé, ce dont je doute, rien n'est écrit ou à écrire, tout est là, quantique, asi me parece.

Christophe Colomb, il l'a martyrisée, l'Amérique. Et ses continuateurs aussi.  Je me demande toujours pourquoi les Européens ont tant aimé rendre visite à leurs voisins pour leur piquer leur terre, leurs biens, détruire leur culture et dans un même mouvement haineux, les massacrer. Relire Rapport sur l'Algérie du fameux Tocqueville où il est écrit en toutes lettres à propos des kabyles: terre fertile, peuple doux qui se soumettra sans problème; on grince des dents. 

D'où tiennent-ils cette rage destructrice, ces Européens? Ce désir puissant d'expansion? D'enrichissement? Je sais bien qu'il est partagé par d'autres peuples et que mille raisons d'ordre matériel répondent à ma question mais ce peuple dont je suis issue par le plus grand des hasards et que je n'aurais pas forcément choisi si on m'en avait donné la possibilité - le hasard, mot arabe signifiant jeu de dés, les dés sont lancés en l'air par la main cosmique invisible, inexistante qui n'est pas dieu, oh non, pas dieu, ni dieux, aucun dieu sinon les dés eux-mêmes. Les dés se lancent en l'air de leur propre main, virevoltent, brillent un instant, retombent et vous voilà naissant ici ou ailleurs comme dit la chanson, tiens, au fait, celle dont j'oublie les paroles et l'interprète mais l'air trotte dans la tête...on nait quelque part et voilà. Pas de quoi en faire toute une fierté mais un jour de la diversité: oui.

Pourquoi n'étendrions-nous pas ce jour au monde entier. On oublie Colomb, ses colonies, on célèbre juste le fait d'avoir été issus d'un jeu de dés ? Jour férié mondial décrété à l'unisson, why not? Porque no? Mais oui, pourquoi pas?

Si je tape dans mon moteur de recherche jour férié mondial -si j'ai l'idée, d'autres l'ont eu, et peut-être que ce jour existe et que je ne suis pas au courant?- eh bien, non, on me propose Jour mondial relay, le monde n'est que commerce, la poésie, on s'en fout? Tous ensemble, on s'en fout? L'union de la diversité des peuple, rien à battre, de l'économie partout, c'est tout mais

le 12 octobre est un jour de fête en Argentine et partout ailleurs dans les Amériques. C'est le jour d'unité entre les peuples, les descendants des Européens conquérants, les descendants des indiens massacrés, en nombre moindre, les descendants des esclaves noirs libérés puis éradiqués, peu nombreux donc, un souvenir plutôt, une tristesse, une intolérable tristesse et tous les autres, tous ensemble qui marchent ensemble et se réunissent. Les rues sont pleines, les bars, les musées, les milongas, les bus, les taxis, les magasins aussi, on se fait des cadeaux, on dit quand même bonjour à l'économie et puis on sort danser. Comme a dit une danseuse allemande bien connue, allons danser, ce sera vivre.

Et c'est ainsi que le monde continue de tourner, divers et plein comme un oeuf  d'autruche.

 

 

 

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Dimanche, jour de coeur

14 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

Je ne peux pas tout te dire, je ne peux pas tout te montrer, tout te donner à voir, toutes les images, tous les sons et les odeurs, de viandes grillées, de fleur d'oranger, les odeurs de la rue, du métro, des haleines douces des danseurs, et les airs de tango, je voudrais les fredonner pour toi, mais je ne peux pas tout te donner à voir, tout te dire, les conversations dans la salle à manger serrée, bleue turquoise remplie d'objets et de photos de famille et de fleurs en plastique et les rires du petit joueur de football, David,15 ans, si doux son sourire et Esther coiffée à la perfection de boucles rousses, ses empanadas une merveille et Albero le boucher qui danse si bien le tango sur la video de son téléphone et qui aime les glaces vraiment beaucoup surtout au Dulce de leche, la confiture de lait, dont je ne connaitrai jamais la saveur, quel dommage et Roberto qui aime le vin rouge aussi, c'est son métier d'en vendre, le Malbec de la finca Carcassonne, ça rappelle des souvenirs, hein, et qui me ressert en douce, parce qu'il sait que je l'aime aussi, ce rouge rubis que coule sur ma langue en paroles de tango chantées autour de la table du dimanche, viva el Arte et vive l'amitié, je ne peux pas te raconter tout ça, tu vois et aussi et aussi le bruit du colectivo, tu sais le bus, l'autobus qui traverse la ville à pleine vitesse, décoration tissu matelassé inclue avec miroir gravé au nom du chauffeur, et les rues, les rues pleines du dimanche après-midi, Recoleta, Recoleta, et plus tard le chauffeur de taxi qui joue du tambour sur son volant à chaque feu rouge sur le chemin de la milonga, tu l'entends? ça sonne bien, tu sais, oui, tout ça, tout ça, je ne peux pas tout te montrer, Sarmiento, Corriente, le métro, le Subte, où il fait toujours trop chaud, où j'ai l'impression d'être un rat et puis une sardine et ça fait rigoler Marcos et le sourire, ah le sourire de Marcos, tu veux que je te raconte, un sourire contagieux yeux brillants et aussi celui de Magdalena, douce amie de tango, elle, tous les mercredis, moi, en voyage, en voyage, je voudrais tout te dire, tout te montrer, les milongas qui s'enchainent, El Beso, Salon Canin, La National, La Grisel, vamos, anda, faudrait que tu viennes virevolter dans les bras de Pablo, de Francisco, de Sebastian y Juan, Juan, celui qui danse si bien que j'en ai la frousse, le trac, el miedo, d'un coup, oui faudrait que tu sois là, avec moi, tout le temps, mais au fait si, tu y es, dans mon coeur, Corazon, Cielo, sweet heart, dans mon coeur, tu y es, tu vois?

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El Beso et autres

12 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

El Beso l'après-midi, c'est un peu comme notre maison du tango le dimanche. Tout le monde se connait et les nouveaux venus/nouvelles venues sont immédiatement repérées. La dame de l'entrée me demande si je suis seule ou accompagnée; selon je ne serai pas placée au même endroit du bal.

Je me retrouve entre une blonde qui sourit et une brunette qui fait son regard de braise. Pas le temps de m'asseoir qu'un premier danseur fait le tour du bal et m'envoie le fameux coup d'oeil qui invite. 

Je pourrais avoir le trac, quand même, bon, je ne suis que la petite française qui vient danser dans LA ville du tango. Ces gens pratiquent depuis des décennies, moi depuis quelques années mais je n'ai pas le temps pour le trac...Carlos (il me dira son nom à la deuxième danse), Carlos m'a serrée fort dans ses bras, sa joue colle à la mienne, ça va, elle est douce, fraichement rasée et parfumée et on tourne et on glisse sous les lustres à pampilles. Quand il apprend que je suis française, entre le premier et le deuxième tango, on papote vite fait, il me demande si ça ne me dérange pas un abrazo à l'Argentine parce qu'il sait que les parisiennes aiment bien danser moins rapproché. C'est délicat de sa part. Je lui assure que non, et puis moi, j'suis pas parisienne, je lui dis, je viens de la Mer Méditerranée, j'suis latine. Il sourit, un peu inquiet quand même. Et il dit : je préfère demander. La dernière fois, avec une française, je me suis fait gronder. On rigole. On reprend la danse. C'est vrai que cette joue collée à la mienne, son bras droit qui m'encercle totalement et sa main gauche dans la mienne, ça pourrait être beaucoup. La danse s'achève et il me ramène gentiment à ma place. Je m'assois, souris à la blonde et la brunette qui se rassoient aussi. Cortina et ça repart.

La blonde est invitée et puis moi. C'est un homme de taille moyenne aux muscles à la Popeye. On le dirait russe. Un marin russe. Tout le monde est si mélangé ici. On retrouve ici tous les visages d'Europe et d'Amérique. L'abrazo est un peu moins serré, pas de joue collée,  je ne sais pas si c'est mieux ou pas. Je prends les choses comme elles viennent, la danse comme elle se fait. El Beso l'après-midi a un air de thé dansant. Je ne sais pas si ça me plait ou pas. Je danse dans la musique, dans les bras, tout est plus simple, il n'y a pas de complication.

On me raccompagne. On revient me chercher. Blonde danse aussi. Brunette un peu moins, c'est que son regard de braise donne aussi l'impression qu'elle fait un peu la gueule. 

Et puis vient Noel.

80 ans, peut-être davantage. Il me propose de danser avec lui alors qu'il passe en virevoltant devant moi, assise entre mes deux copines muettes. Tiens, ça se fait, ça? Le danseur qui te fait signe alors qu'il est en train de danser et murmure un: après on danse le prochain tango?! que tu lis sur ses lèvres. Ça me fait marrer. J'accepte d'un hochement de tête.

Et puis j'oublie car le bal tourne, tourne, tourne et j'aime regarder les couples qui dansent. leur technique ici est celle du tango d'avant, le vieux tango porteño à pas serrés. 

Mais Noel revient.  Abrazo serré mais confortable. Technique impeccable.

Deuxième tango, c'est l'heure où on s'échange les prénoms, c'est qu'au deuxième tango, on a eu le temps de s'apprécier alors  autant se présenter. Il me dit son prénom, hérité d'un grand-père français. 

Il m'apprend qu'il était professionnel dans sa jeunesse et qu'il a dansé dans de nombreuses villes de France. Il les énumère lentement et sans hésitation comme s'il récitait un long poème. Combien de fois, à combien de danseuses compatriotes a-t-il dit les mêmes choses, les mêmes phrases? Peu importante est la vérité, qu'il ait été danseur sur scène ou pas, seul maintenant compte

Avant que le troisième tango reprenne, il me dit avec le regard de jeune homme de Gardel et cet accent charmant qui devait faire craquer les filles dans les années 50 :

Je te donne mon tango, tu me donnes ton français.

On danse encore et on dansera longtemps, valse et milongas et tangos. Avec Noel et d'autres dont j'oublie le nom mais pas la danse.  Noel me glisse sa carte dans la main, à l'ancienne, pour qu'on aille pratiquer au petit studio qui est juste à côté. On fera de belles choses, tu verras. Il parle du tango, bien sûr.

Je le remercie sans rien promettre. Evidemment.  

Mon ami Marcos me rejoint en fin d'après-midi et on tourne et tourne encore une heure. La musique est belle, d'Arienzo, Di Sarli et Pugliese à fond les manettes. 

Et Noel est reparti au bras d'une autre, d'une autre et une autre encore, quel champion, et toutes ces autres ont eu comme moi et sans nul doute, la petite carte glissée dans la main. Il finira bien par en convaincre une de le suivre au studio pour faire toutes ces belles choses dont il rêve encore; je le lui souhaite.

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Buenos Aires, nuit, tango, catedral, taxi

11 Octobre 2019 , Rédigé par anne bourrel

 Hier soir, je suis retournée à la Catedral. Ce n'est pas la milonga la plus subtile, on y trouve pas mal de touristes et hier une jeune femme s'improvisait professeur d'un groupe ébahi alors qu'elle ne savait même pas marcher, glisser, sans faire de vagues...(pour les non danseurs: ça, c'est vraiment pas possible. Quand un danseur ou une danseuse a l'air d'un échassier ou d'un égyptien antique perdu au XXI siècle, ya problème. Ou bien c'est un débutant auquel cas, c'est largement pardonnable, ça va passer mais une enseignante de tango, non, ça , non, non, non. La dame avait été recrutée par erreur ou parce que justement: les touristes). Ça nous a fait un peu rigoler quand même et grincer des dents aussi, mais passons, passons, passons. La cathedral reste un lieu magique et qui continue de me faire rêver.  

Deux petits concerts dans la soirée et des retrouvailles avec Sebastian, danseur comme moi quasi débutant il y a deux ans. Retrouver un abrazo connu et se réjouir ensemble du chemin parcouru. Danser le tango, ce n'est pas simplement disfrutarse, s'amuser, c'est aussi aller à la rencontre de: soi-même, les autres, el Arte. Nous créons ensemble le temps d'un tour de piste, un petit monde complet, une vie entière, vécue en un seul souffle.

A la Catedral, les lumières sont belles. Le sol toujours un sujet, mais bien glissant cette année. La musique, c'est en live qu'elle s'apprécie le mieux: un premier concert dans la petite salle à damiers comme dans une page d'Alice, avec bandonéon frisson et guitare fluide et plus tard dans la grande salle, une chanteuse toute jeune qui a avalé cent ans de passion tanguera. J'adore. Au bras de Marcos qui aime danser salvaje et de Sébastian suave, le temps n'a de prise sur rien. On vole, pivote, s'envole...asi se baila el tango.

Dans le taxi de retour, hélé sur Corrientes, le chauffeur ne dit rien, les mains bien à plat sur le volant. J'aperçois la masse épaisse de ses cheveux blancs. Nous contemplons la ville, nous la regardons défiler, parée de toutes ses lumières et il n'y a presque personne dehors à cette heure avancée de la nuit. J'étais en train de penser combien elle était belle, la nuit, Buenos Aires mais c'est lui qui d'une belle voix ample et rauque le dit:

Que hermosa esta la cuidad. En el silencio de la noche esta mas tanguera.

Oui, belle et encore plus tanguera dans le silence de la nuit. Tanguera. Il a bien appuyé sur le dernier mot. Tanguera

Mon chauffeur de taxi en plus d'être poète est chanteur de tango. 

Dans le silence et la nuit de la ville tanguera, il a chanté quelques bribes de La Pasional et Malena aussi, Malena canta el tango con voz quebrada ...

Que lindas letras, que les paroles sont belles, et muy triste, muy triste...il a ajouté en admirant avec moi les gratte-ciels illuminés sur Cordoba.

Et c'est comme ça, dans le silence de la nuit, qu'on a oublié de prendre à droite, qu'on a continué longtemps, contemplatifs et plein du silence du tango. Il a bien fallu revenir à la réalité, on n'allait quand même pas rouler comme ça jusqu'au fleuve...

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